Arts et Expos

Foisonnante. Pour la première grande rétrospective de l’œuvre de l’artiste belge Michel François (1956, Saint-Tronc - vit et travaille à Bruxelles), le Smak a réservé toute la superficie du premier étage. Le déploiement envahissant induit le fait que l’œuvre de l’artiste est un tout dont les éléments séparés, mais ici rassemblés sans ordre chronologique précis, participent avant tout d’un dialogue et d’une dialectique artistique, esthétique, également humaine, sociale, (pseudo) scientifique, voire politique. Photographies, installations, objets, sculptures, interventions architecturales, vidéos participent d’une œuvre prolifique et polyvalente qui se développe selon une multitude de réseaux personnels qui finissent toujours par se croiser, se compléter, s’interroger, s’additionner, pour constituer une sorte de déambulation dans les sphères du privé autant que dans les arcanes du monde.

Ainsi considérée, l’installation globale est une espèce d’environnement total qui grandit avec le temps, accumule les traces, étend ses tentacules et prend de l’expansion à la manière du Merzbau de l’artiste allemand Kurt Schwitters (1887 - 1948). Une œuvre jamais finie qui tisse une multitude de relations dont les maillons particulièrement fragiles sont les images et les objets qu’il place en situation, à la fois précise et aléatoire, tout au long du parcours. L’ordre établi est, à n’en pas douter, temporaire et interchangeable. Un autre lieu, une autre circonstance, un autre projet rassembleur verront les mêmes pièces réparties différemment dans un processus d’expérimentation continue et de mise à l’épreuve. On retrouve, d’ailleurs, des morceaux d’expositions précédentes, réajustés en autres affinités sélectives. C’est en ce maillage souple, excentrique, qui cultive naturellement l’insolite et recherche les expressions les plus disparates de la beauté ordinaire mais non moins magique, étonnante, révélatrice de la richesse de ce qui peut paraître banal, que se construit le tout d’un monde apparemment fait de petits riens.

Cette mise en abîme des composantes individuelles, auxquelles on se cogne comme en un jeu de Colin-maillard, finit par faire surgir des constantes, tel l’usage de matériaux pauvres : le plâtre, les petites boules de polystyrène, des bouteilles, des ampoules, de l’argile, des plaques de métal, du papier argenté, des élastiques, de l’encre , un vocabulaire de base, récurrent, auquel il apporte de temps en temps une parure de richesse, l’or, entre autres. On passe ainsi, sans presque s’en apercevoir, de l’anodin au merveilleux, sans transition qui hiérarchise les choses. Tout peut intégrer ce monde en interminable élaboration de lui-même. L’arte povera rejoint la préciosité des œuvres de James Lee Byars, le pauvre et le riche se côtoient sans se toiser d’autorité ou de défi. Et Michel François en joue comme d’une alchimie qui transforme le tout non en matériau précieux, mais en matière poétique dans laquelle tout s’englobe. Considérée isolément chaque pièce sculpturale n’est souvent qu’un simple objet, certes un peu particulier, bizarre même parfois, mais dont le sens ou le rôle n’est pas déterminé. C’est dans l’ensemble qu’il prend sa véritable consistance. Que seraient ces poches de tissus remplies de plâtre sans tous les rapports au vide et au plein qui se manifestent dans tant de photos et de sculptures ?

Ce vide, ce plein, l’ouvert, le fermé, le troué, le rempli, avec les entre-deux de la grille dorée ou pas, du cube transparent aux vitres brisées, et jusqu’à l’idée d’enfermement, d’où le titre de l’expo, constituent la ligne de pensée principale. S’y ajoutent le vu, le perçu, le miroir et ses reflets, le brisé et l’entier, la lumière et son absence, le libre et le scotché, le blanc et le noir antinomiques, le tout en retrait des couleurs et dans des correspondances d’ambivalence, dans des oppositions qui disent finalement la fragilité de tout, de l’être, des objets, de la lumière, de la vie.

Michel François. Plans d’évasion. S.M.A.K., Citadelpark, Gand. Jusqu’au 10 janvier 2010. Du ma au di de 10 à 18h. Fermé lu. Cat. à venir. L’expo sera ensuite présentée à l’IAC de Villeurbanne (France).