Arts et Expos

Après avoir accueilli de jeunes artistes de chacun des 27 pays membres de l'Union européenne, la Centrale électrique, à Bruxelles, conserve la même ligne de conduite en rassemblant vingt-neuf plasticiens issus de 22 pays de la même Europe. Organisée par l'AICA (Association internationale des critiques d'art), l'exposition a ciblé des artistes nés dans les années 70 et sortis d'écoles d'art de leur pays.

Autant dire que le ton général est, on ne peut davantage, le vent du moment sans qu'a priori on ne distingue un Espagnol d'un Lithuanien, un Allemand d'un Macédonien, et l'Europe s'élargit puisque Ece Burgaz est un Turc d'Istanbul. Comme ici, là-bas et ailleurs, les pratiques s'orientent tous azimuts, la distinction est rarement importante et on s'attachera donc à repérer quelques oeuvres plus attirantes que d'autres. Tout est à découvrir car aucun de ces artistes n'arrive précédé d'une réputation particulière, même si certains affichent déjà quelques belles références.

Dès l'extérieur, l'accueil de l'exposition donne le la à travers une oeuvre du Grec Babis Venetopoulos : un homme en cage par une vidéo interposée. Interpellant. Et c'est bien de l'homme qu'il s'agit à travers toute l'exposition. L'homme, sa vie, son environnement, son quotidien, son identité... Quelle place occupe-t-il encore dans ce monde à propos duquel le Norvégien Randi Nygard, un des dessins plutôt sage et d'apparence abstraite, se demande comment le décrire, et que la Suédoise Kristina Mûntzing le peuple d'une incroyable collection d'êtres des plus étranges, souvent hybrides.

Une jeune Serbe, Kristina Draskovic, a repris l'un des thèmes fréquemment traités dans l'art ancien : saint Sébastien percé de flèches. A ceci près qu'il s'agit cette fois d'une photo grandeur nature d'une femme bien vivante, offrant son corps aux fléchettes que le visiteur pourra se permettre de lui lancer. Les martyrs n'ont pas fini d'exister et tous les médias, sous toutes les latitudes, annoncent quotidiennement des gens qui meurent pour leurs idées, leurs croyances, par engagement, par fanatisme.

Étrangetés

Ainsi, d'oeuvre en oeuvre, avec des réussites diverses, le monde contemporain apparaît sous des jours aussi variés que ne le sont les news journalières où les étrangetés ne manquent pas, où fleurissent de rares utopies, où le passé ressurgit au coin d'une mémoire à travers des photos, où le mal-être se répand plus souvent que la joie, où la nature elle-même dérape. On passe ainsi de la fable au réel, du banal au témoignage surprenant, des jeux dangereux, de la guerre à l'amour, de l'art en toast aux questions identitaires, de la danse des corps jusqu'à l'épuisement au chaos d'un imaginaire débridé, comme si tout cela finalement se côtoyait de manière presque naturelle dans un immense fatras déjanté. Pas de quoi se réjouir. Fictions artistiques ou reflets ? Et si les artistes, de visionnaires, étaient devenus de montreurs, auteurs d'images-miroirs ? Pas vraiment de quoi pavoiser.

No Borders [just N.E.W.S*.] * North, East, West, South. La Centrale électrique, place Sainte-Catherine, 44, Bruxelles. Jusqu'au 27 avril. Du mercr. au dim. de 11 à 18h, jeudi jusqu'à 20h. Cat. (fr, Nl, An), ill coul.