Impression noire

Roger Pierre Turine Publié le - Mis à jour le

Arts et Expos L'on doit à Pierre-Olivier Rollin cette tonique exposition d'art contemporain qui réunit des artistes africains et des créateurs belges peu ou prou sensibles aux émergences du continent noir. Huit plasticiens pour un ancien Manège des pompiers reconverti en espace d'animations diverses. Dans la foulée des pièces "Architruc" et "Yaguine et Fodé", "Impression noire" confronte astucieusement des regards d'Africains sur leur réalité et des regards d'Européens sur des vérités valant pour la planète entière.

Une pièce y domine, tant par sa symbolique que par son originalité, "L'arbre à palabres" du Burundais de Belgique Aimé Ntakiyica. "Les paroles s'en vont, les écrits restent", nous y dit-il tout en conférant à son installation sa particularité : sortes de pains de singe inattendus d'un baobab peu courant, les fruits qui lui pendouillent ne sont autres que des bottins de téléphone couverts de noms. A l'instar d'une Piaf qui aurait fait pleurer en ânonnant l'annuaire, Ntakiyica émeut à fendre l'âme avec un objet vulgaire, synonyme de communication superficielle. Nostalgie, quand tu nous tiens !

A ses côtés, il y a Alvim et ses caissons lumineux sur lesquels s'encadrent chefs nègres et conquistadors, mais aussi les foetus d'enfants victimes des guerres angolaises. Il y a Barthélémy Toguo, le Camerounais, et ses portraits-tampons d'identités dévoyées; le Sud-Africain Geers Kendell et son fétiche de reliquaire fang emmitouflé sous des bandelettes rouges et blanches : "Le crépuscule des idoles". D'Afrique du Sud aussi, Lisa Brice y va de caissons couverts de pictogrammes d'aéroports évocateurs de ségrégations diverses.

"Heureusement que la pensée est muette", nous dit un Johan Muyle (notre photo), toujours caustique, toujours lucide; Gast Bouchet et Nadine Hilbert proposent un diaporama d'images d'une Afrique australe post-apartheid; avec "Objet provisoire", Edith Dekyndt a rapporté de Kin une vidéo de bulles de savon en forme de bonheurs éphémères. Enfin, Vincent Meessen et son "Intrus" de coton étonnent ou laissent de glace, c'est selon.

Roger Pierre Turine

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