L'animal dans l'art africain traditionnel

Roger Pierre Turine Publié le - Mis à jour le

Arts et Expos envoyé spécial à Paris

Dans la plupart des sociétés de l'Afrique subsaharienne, la littérature orale s'appuie sur un large bestiaire. Du léopard au crocodile, tous animaux qui prêtent leurs qualités et leurs défauts aux humains. Ils y investissent fortement l'univers du sacré. Cette évidence nous est rappelée dès l'entame d'une visite annoncée magique.

Elle l'est aussi, analysée, dans le bel ouvrage accompagnant une exposition riche en témoignages de toute l'Afrique noire. De nombreux textes, essentiels, jalonnent le livre, notamment signés Christiane Falgayrettes-Leveau, Ezio Bassani, Anne-Marie Bouttiaux, Daniela Bognolo, Viviane Baeke, des références aussi.

Et si tous ces animaux, qui peuplent les légendes, sont aussi directement impliqués dans les rites, c'est qu'ils sont des éléments moteurs des "initiations" gouvernant encore les ethnies fidèles aux traditions ancestrales. Ils sont un peu, de manière éloignée, ce qu'étaient les Fables d'Esope et de La Fontaine pour les Européens. A ce point liés aux rites et sacrifices, ils ne pouvaient qu'inspirer les sculpteurs en charge de figurer les êtres à même d'être agréables aux esprits.

Représentation symbolique

Face à un tel bestiaire, à cet univers de masques et statuettes nous rappelant, de loin ou de près, quelque animal craint ou protégé, l'oeil se perd en toutes sortes d'approches possibles. D'utiles panneaux didactiques aident à une compréhension des rencontres selon les régions où elles s'opèrent. La considération esthétique peut être une autre source de jouissance, les particularités ethniques des sculptures étant un temps fort de la diversité artistique des réalisations.

Celles-ci vont du XVe siècle, avec d'exceptionnelles statues des Dogon, au XXe siècle. Terre, fer, bois, or, bronze, ivoire. L'artisan africain a, tout au long de son histoire, fait montre de dons exceptionnels. Et qu'en dire quand l'on sait avec quels moyens de fortune il a généralement oeuvré !

Il y avait, en Afrique noire, deux types d'approche des réalités à transfigurer, l'une plus abstraite, l'autre plus réaliste. L'une plus fouillée ou stylisée, et l'autre plus brute, sans fioritures. L'expo en révèle parfaitement les pôles contraires et d'authentiques chefs-d'oeuvre s'y bousculent, sans se gêner. Bonheur d'une mise en scène qui sait s'oublier au bénéfice des oeuvres.

Etalé sur les deux étages du musée, le bestiaire noir réserve des surprises fameuses. Par exemple, une figure stylisée de chien, en provenance du pays dogon ou, toujours dogon, un siège avec personnages et crocodile. Evoquant les "nommo", êtres mythiques, il est daté du XVIe. Aux côtés de grands masques, épervier ou hippotrague, des ethnies Bobo, Samo ou Bwaba du Burkina Faso, de multiples évocations du serpent, signe d'alliance sacrée, sont estampillées Gan, du même Burkina.

Impossible de tout citer, or tout le mériterait ! Baga, Baoulé, Sénoufo, Dan, Bidjogo, Ibo, Ijo... De la Côte d'Ivoire au Nigéria, la collecte est somptueuse. Mais que dire de celle de notre ancien Congo, représenté avec des pièces majeures : coupe royale kiteya des Luba, statue nkisi des Songye, appuie-tête Yaka, corne de buffle sculptée par les Kuba. Grandiose !

Roger Pierre Turine

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