Arts et Expos

On ne peut une fois de plus que le déplorer et c'est un fait auquel il faudra que l'on remédie un jour, Bruxelles, capitale nationale et européenne, ne dispose point de musée d'art contemporain. Ce sont essentiellement les institutions de Gand, d'Ostende, d'Anvers, et bientôt du Grand- Hornu qui suppléent à cette carence, un bémol étant apporté par le Musée de la photographie de Charleroi et celui de la gravure de La Louvière pour la partie francophone du pays. Le manque est flagrant dans la mesure où la présence d'un tel lieu, cela s'est démontré partout où il existe - les exemples de la Tate Modern de Londres et du Guggenheim de Bilbao sont parlants -, engendre une dynamique quasi irremplaçable, tant du côté de la création que de la part du public, attisé en sa curiosité. Sans compter en sus qu'une telle présence est un soutien de marque et de poids à toutes les actions menées par des privés, qu'il s'agisse des galeries ou des espaces d'art contemporain.

Bien que consacrée prioritairement à la modernité artistique prise au sens large, la journée peut s'enrichir d'une incursion dans l'art ancien dès lors que sont franchies les portes des Musées royaux, une institution qui trouve son origine en 1801, à l'initiative d'un jeune consul de la non moins jeune République française, un certain Napoléon Bonaparte, fondateur du Musée de Bruxelles. Le parcours prend naissance avec les Primitifs flamands et se termine, pour ce qui est de l'art ancien, à l'avènement du XIXe siècle.

Conçu par l'architecte Roger Bastin, inauguré en 1984, le Musée d'art moderne décline par strates correspondant aux six étages d'un bâtiment en sous-sol éclairé par un puits de lumière, les étapes de l'art moderne en Belgique. Celles- ci correspondent néanmoins aux principaux courants qui se sont développés au cours des dernières cent cinquante années et qui constituent la structure essentielle de l'histoire de l'art occidental.

La partie consacrée au XIXe siècle, soit aux précurseurs, est regroupée dans le bâtiment de façade de la place Royale. Ainsi, le cheminement chronologique s'effectue des impressionnistes à quelques figures de l'art contemporain en passant par le fauvisme, le symbolisme, l'expressionnisme, les deux périodes de l'abstraction, et le surréalisme.À travers quelque 900 oeuvres, toutes disciplines confondues, les ensembles thématiques ou focalisant sur les personnalités les plus marquantes de l'art belge constituent les jalons permettant de se repérer dans cette histoire qui est moins linéaire qu'on ne l'imagine, les périodes et les mouvements se chevauchant fréquemment, les lieux d'émergence d'un courant prenant parfois une importance capitale. Il en est ainsi, par exemple, de l'expressionnisme du premier groupe de Laethem- Saint-Martin ou du fauvisme brabançon dont les figures de proue restent Rik Wouters et Fernand Schirren. Les salles mettant à l'honneur les Spilliaert, Khnopff et Ensor, piliers de la modernité en nos frontières, offrent aussi l'avantage de saisir la continuité d'un travail et l'évolution du concept même de modernité, en ses avancées et ses retraits, en ses figures d'avant-garde et celles maintenues dans une conception plus régionaliste.

La modernité belge ne serait pas célébrée internationalement sans les Magritte et Delvaux, mais il serait impardonnable d'oublier les précurseurs de l'abstraction que furent notamment les Jules Schmalzigaug, Prosper De Troyer, surtout les Vantongerloo, Josef Peeters, Pierre- Louis Flouquet, Victor Servranckx et Pierre-Louis Baugniet. Ils furent, notamment avec un Paul Joostens, proche du dadaïsme et du cubisme, les véritables fers de lance d'une avant-garde qui allait se manifester à nouveau après 1945, entre autres par le canal de la Jeune Peinture belge, et donc du retour de l'abstraction, et parallèlement par celui d'un mouvement international né à Paris mais d'initiative belgo-hollando-danoise: Cobra où, avec Asger Jorn le Danois, les deux Belges Christian Dotremont et Pierre Alechinsky furent des chevilles des plus actives et des plus novatrices, ainsi que Serge Vandercam dans le domaine de la photographie expérimentale.

S'engageant dans les arcanes de l'art contemporain, le musée qui consacre une place de choix à Marcel Brood- thaers, le plasticien conceptuel belge reconnu internationalement comme l'un des traceurs de voies, poursuit son intérêt prioritaire pour l'art belge à travers les oeuvres de plasticiens tels Jo Delahaut, Amédée Cortier, Marthe Wéry ou Jef Verheyen, tenant de l'abstraction; des Raveel, Lennep, Charlier, en versant plus figuratif. Mais par ailleurs, et ainsi que ce fut déjà le cas en abordant la modernité, les collections s'ouvrent à l'art international, avec d'une part, les David, Gauguin, Seurat, Chagall, Dali, Ernst ou Bacon, de l'autre les Christo, Dan Flavin, Segal, Nam June Paik, Donald Judd, Sol LeWitt.

Le dimanche, le musée est ouvert de 10 à 17h. On notera, au Musée d'art ancien, l'exposition temporaire `L'Entreprise Brueghel´(voir LLB du 23 mars).

© La Libre Belgique 2002