L'art dans les chapelles du Blavet

Claude Lorent Publié le - Mis à jour le

Arts et Expos

La formule est à succès et la onzième édition ne pâlira pas face aux précédentes, même si celle de l'an passé a recueilli plus de 70000 visiteurs. Au départ de la chapelle Saint- Nicodème à Pluméliau, quatre circuits de moins de cinquante kilomètres révèlent une région verte, pleine de charmes et ponctuée de chapelles datant pour la plupart des XVe et XVIe siècles. La nature, la patrimoine et l'art contemporain s'associent en cette manifestation festivalière.

Modestes pour la plupart, aux murs généralement dénudés, singulières architecturalement, les chapelles accueillent donc l'art contemporain, avec pour chef de file le peintre français Claude Viallat (né et vit à Nîmes, 1936) qui depuis les années septante, en fidélité à son apport à Support/Surface, travaille un motif unique et répétitif, une sorte de faux rectangle souple, sans jamais lasser. C'est qu'il est un vrai peintre, inventant des dispositifs, des rapports de couleurs inédits en des formes les plus variées: cercles, figures de cerf-volant, triangles, quadrilatères irréguliers... ici disposés en un espace presque brut et se mariant avec les croisées gothiques.

Douze plasticiens et quelques oeuvres du Frac Bretagne se partagent la quinzaine d'autres lieux, et parmi eux, deux Belges. Jean-Luc Herman (Liège, 1936 - vit à Paris) a déployé ses grandes peintures monochromes et translucides aux tonalités lumineuses dans la chapelle Sainte-Tréphine de Pontivy où, les jours de soleil principalement, elles s'imprègnent d'une énergie irradiante et touchent à l'immatérialité dès lors qu'elles sont transpercées par l'intensité des rayons. Les oeuvres de Clémence Van Lunen (Bruxelles, 1959 - vit à Paris) ponctuent deux lieux, l'un à Bubry, l'autre à Noyal-Pontivy. À l'extérieur, c'est le bois, proche de la nature, qui s'impose; à l'intérieur de la chapelle à l'architecture et aux motifs décoratifs très présents, elle a disposé, en un arrangement scénique étudié, des volumes au caractère biomorphiques qui, vides, en treillis d'acier galvanisé, évoquent des états transitoires.

Et ce serait sans doute le fil rouge de toutes ces expositions en des lieux du patrimoine religieux: le traitement artistique d'états d'être imprécis en des figures de recherche qui appellent à une certaine contemplation, mènent peut-être à la méditation et en tout cas, apportent un apaisement par rapport au tohu-bohu général de la vie quotidienne. En ces lieux où l'on remarquera encore particulièrement les oeuvres de Francis Limérat, de Dominique Lamandé, de Anne Delfieu, de Koki Watanabe, les valeurs de l'intériorité priment et relèguent celles superficielles ou violentes mises en exergue par l'actualité.

© La Libre Belgique 2002

Claude Lorent

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