L’art en pratique d’investigations

Claude Lorent Publié le - Mis à jour le

Arts et Expos

La triple intervention du plasticien néerlandais Loek Grootjans laissera des traces au Smak puisque l’une des œuvres sera acquise par le musée gantois pour rejoindre la collection. On parie pour "The Remembering Departement", une série de grandes étagères blanches, totalement vides sur lesquelles ne subsistent, grâce à une fine couche de poussière, que les traces d’objets qui y furent un temps déposés. Une sorte de mémoire d’archives désormais absentes dont on peut seulement deviner, selon les formes restantes, qu’elles étaient constituées d’objets divers. Pourquoi cette œuvre en particulier? Parce qu’elle peut entrer en dialogue avec une autre œuvre de la collection du musée, une étagère de Joseph Beuys, occupée celle-là par divers éléments et entrant elle-même en correspondance avec des œuvres picturales de la collection. Et l’on pourrait aussi se référer à celle récemment exposée de Michel François dont le travail, à travers par exemple son bureau augmenté, peut également entrer en relation avec celui de Loek Grootjans.

Et sans épuiser le sujet, on ne peut, dans ce jeu relationnel et d’affinités, oublier les œuvres de l’Italien Claudio Parmiggiani, réalisées selon le même principe mais avec du noir de fumée.

L’évocation de ces connexions n’est pas fortuite et il en apparaîtra bien d’autres. En effet l’artiste a créé comme projet artistique en 1998 une fondation dont il use principalement selon les termes des deux commissaires de l’exposition, Philippe Van Cauteren et Rick Vercauteren, comme un point/contrepoint et comme un outil d’investigation du fonctionnement général de l’art et de sa position personnelle en tant qu’artiste. Des interventions donc de mise en relation, d’analyse et de prospection, tournées notamment vers les autres. Le principe de mise en œuvre d’une telle institution n’est par ailleurs pas sans rapport avec la position de Broodthaers qui s’est déclaré en 1968 le conservateur du Musée d’Art moderne, département des Aigles, et qui a par la suite, au fil des expositions, décliné cette institution fictive en d’autres sections: la documentaire, la financière, la folklorique adjointe au cabinet de curiosités Pour sa part, un artiste français, Gérard Gasiorowski avait créé en 1982, de manière tout aussi fictive, l’AWK, Académie Worosis Kiga, dans laquelle on retrouvait les marques d’artistes contemporains dont Joseph Beuys.

L’œuvre de Loek Grootjans, à travers sa fondation, appartient donc bien à une forme d’expression artistique contemporaine en liaison avec un pan important de l’art conceptuel. Au sein de sa fondation très active à travers de multiples expositions dont quelques-unes en Belgique, à la galerie In situ à Alost, à Artbrussels avec la galerie van den Berge, à Watou ou déjà au Smak en 2008 pour la publication de l’ouvrage, il multiplié les départements.

Outre celle décrite, deux autres installations correspondant à des départements constituent la présente exposition. L’une est consacrée à la fin de la peinture monochrome, en vert et en brun, que pratiquait l’artiste à la suite d’une expérience de vie dans un espace sans lumière où il évoluait les yeux bandés. Après, lorsqu’il eut épuisé toute la peinture disponible, il vida son atelier jusqu’aux moindres résidus, presque microscopiques, qui s’y trouvait et qu’il a consignés telles des archives qu’il donne à voir.

La seconde repose sur une phrase empruntée à la campagne de Berlusconi: "Celui qui prend bien soin de lui, prend bien soin de ceux qui le choisissent", et la met en relation avec une multitude de petites phrases, définissant l’autre, les autres dans leurs comportements, leurs désirs

Claude Lorent

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