Arts et Expos

Il y a trente ans, naissait Act Up. La communauté artistique se mobilisa avec elle. Retour sur ses créations clés en marge du film "120 battements par minute".

On le souligne rarement : le sida, syndrome d’immunodéficience acquise, a eu un impact sur la création artistique. Des livres, des films, des œuvres plastiques ont été créées pour évoquer ses sévices, retracer des parcours individuels tragiques ou dénoncer l’indifférence à l’égard des malades.

Les premiers cas de contamination furent identifiés aux Etats-Unis en 1981. Mais il faudra près d’une décennie pour que la mobilisation des autorités, la recherche d’un vaccin et les campagnes de prévention à grande échelle commencent. Entre-temps, il aura fallu l’activisme d’associations, comme Act Up, créé aux Etats-Unis en 1987, pour sensibiliser politiques et grand public. Très touchée aux Etats-Unis et, notamment, à New York, la communauté artistique a contribué à cet activisme. Retour sur quelques œuvres et artistes qui ont mobilisé durant la cruciale décennie 1982-1992.

Larry Kramer et Act Up

En juillet 1981, le quotidien "The New York Times" publie un article sur cette épidémie encore mystérieuse, identifiée par des médecins comme un "cancer rare", qui semble ne toucher que les homosexuels (on répertoriera par la suite d’autres cas, plus anciens). Le docteur Alvin Friedman-Kien, qui suit la plupart des premiers malades, s’inquiète de la propagation du virus. Il contacte Larry Kramer, écrivain et dramaturge connu de la communauté homosexuelle new-yorkaise, l’incitant à sensibiliser celle-ci. Kramer crée, dès 1982, Gay Men’s Health Crisis (GMHC), première organisation de lutte contre le sida au monde. Afin de sensibiliser le public, il recueille des témoignages et écrit à partir de ceux-ci des pièces de théâtre. Mais la mobilisation est lente, y compris dans la communauté gay. Larry Kramer fédère en novembre 1987 différents mouvements au sein d’Act Up, acronyme pour "AIDS Coalition To Unleash Power" ("Coalition pour libérer les forces contre le sida"). Son objectif est de faire pression sur les autorités afin de rendre les soins accessibles au plus grand nombre et d’accélérer la recherche. Très vite, Act Up va s’exporter partout dans le monde occidental.

Le Silence = Death Project

En 1987, quelques mois avant la création d’Act Up, des affiches apparaissent sur les murs de New York. Sur fond noir, on y voit un triangle rose, pointe vers le haut, accompagné du slogan "Silence = Death" ("Silence = Mort"). Le poster est la création d’un groupe de six artistes activistes qui ont perdu des proches : Avram Finkelstein, Brian Howard, Oliver Johnston, Charles Kreloff, Chris Lione et Jorge Soccaras. Le triangle rose est un détournement : au même titre que l’étoile de David pour les Juifs, il fut utilisé par les nazis durant la Seconde Guerre mondiale pour stigmatiser les homosexuels. Dans les années 1970, la communauté gay américaine le récupère comme un symbole pro-gay, en l’inversant (la version nazie était pointée vers le bas). Le poster "Silence = Death" voulait dénoncer le silence des autorités. Ses six créateurs offrirent l’affiche à Act Up.

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