Arts et Expos

L’an dernier, le Louvre fut de loin, le musée le plus populaire au monde avec 8,5 millions de visiteurs, suivi à bonne distance par le British museum (5,9 millions). Programmer une expo sur l’Egypte ancienne ne fera qu’accroître encore cette affluence !

A chaque fois qu’on propose l’Egypte, on découvre d’autres objets et sculptures d’une civilisation qui dura 3000 ans et qui a produit tant d’œuvres d’art et d’objets d’une beauté époustouflante. Dans ce cas, on découvre, pour ne prendre qu’un exemple, ces génies "à tête d’ovidé" et "tenant un masque" provenant du British museum et datant du Nouvel empire : d’étranges statues de bois retrouvées dans les tombes royales et chargées de la protection d’Osiris, le roi du monde des morts.

"Les portes du ciel"

Le Louvre n’a pas pris un thème a priori "sexy" ("le pharaon", ou "Ramsès II" ou "Touthankamon"), mais a opté pour un parcours thématique sur l’au-delà. "Les portes du ciel", dans la langue des anciens Egyptiens, désignaient les battants du naos, le tabernacle placé au cœur du temple qui renfermait la statue d’une divinité. Leur ouverture mettait en contact le monde des hommes et celui des dieux.

Cette exposition propose un voyage à travers ces mondes dont les portes du ciel marquent l’accès, le ciel étant tout à la fois l’espace sensible vu de la terre et la dimension abritant le divin. Composée d’environ trois cent cinquante objets qui couvrent une période de trois millénaires, allant de l’Ancien Empire à l’époque romaine, l’exposition s’attache à replacer des objets familiers dans leur contexte social, religieux et artistique.

La plus grande partie des objets présentés provient des collections, décidément inépuisables du Louvre même. Mais les plus grands musées ont prêté d’autres objets, comme le British museum, le musée de Berlin ou le musée égyptien de Turin.

Les Egyptiens connaissaient une multitude de dieux et avaient des rituels très complexes où chaque statue, chaque image avait un sens magique. On se perd donc vite dans les explications de ce monde de l’au-delà, au-delà des "portes du ciel". Mais la beauté soufflante des pièces, rappelons-le, séduit chaque fois le visiteur.

On retient alors pêle-mêle qu’une momie, par exemple, est enroulée dans plus de 375 m de rubans de lin. Et il fallait plusieurs jours pour réaliser cet enroulement. On apprend aussi que les obélisques si caractéristiques et qui indiquaient le lien entre le ciel et la terre, demandaient jusqu’à 6 000 hommes à la fois pour être érigées.

La carte de l’au-delà

On peut admirer au Louvre nombre d’objets laissés dans les tombes et en particulier, dans les sarcophages. Ainsi, le "livre des morts", sur papyrus et magnifiquement écrit et peint. Ces livres reprennent des formules que le défunt doit absolument prononcer devant le tribunal d’Osiris : "je n’ai pas commis d’iniquité, je n’ai pas violé, je n’ai pas tué de bétail divin...". Le livre est placé là pour que le défunt n’oublie pas ces phrases. Sur des peintures on voit de terribles serpents, des insectes nécrophages, des crocodiles qui attendent le défunt s’il ne connaît pas les formules magiques pour franchir le seuil des cavernes gardées par des génies hostiles.

Il faut bien observer l’extraordinaire cercueil de Séti (1850 avant JC). On trouve sur sa face intérieure, une véritable carte (la première de l’humanité) qui, certes, représente un espace imaginaire, celui du voyage dans l’au-delà, mais qui est bien conçue comme une carte moderne pour aider le défunt à se retrouver dans son nouveau pays. Ce "livre des deux chemins" fournit une description précise des mondes tant souterrain que céleste que le défunt devra traverser.

En réalité, chaque objet, chaque statue est une histoire à elle seule. Il faut ainsi observer le beau groupe du Louvre représentant Youyou, gardien de la maison de l’argent et son épouse Tiy (notre photo). Ils sont montrés assis côte à côte sur un siège cubique à dossier bas. Mais ce qui est extraordinaire ce sont leurs bras enlacés en signe d’affection. Tous les deux portent une perruque conforme à leur rang.

Cette statue représentait l’intermédiaire entre les vivants et les morts. Déposée devant la tombe, elle devait inciter à la générosité des vivants en leur demandant d’apporter un repas funéraire aux morts. Ces offrandes pouvaient être réelles, mais les vivants pouvaient aussi se contenter de lire la formule d’offrandes inscrite sur la statue et de réciter une prière à l’intention du mort. La parole étant douée de vie, l’offrande récitée existera magiquement.

Les Egyptiens, loin d’être fascinés par la mort, la niaient en quelque sorte, désirant, même morts, continuer à faire tout ce que l’on avait coutume de faire lorsqu’on était sur terre, en déjouant la disparition du corps et des fonctions vitales.

"Les Portes du ciel, visions du monde dans l’Egypte ancienne", au Louvre, jusqu’au 29 juin. Fermé le mardi.