L’église Notre-Dame, le "disco de Dieu"

Guy Duplat Publié le - Mis à jour le

Arts visuels La sixième édition de la "Biennale de l'Image en mouvement" de Malines veut nous troubler et nous montrer que nos schémas ne sont pas toujours les bons.

Assister à un match de football peut être un loisir pour certains et un châtiment pour ceux qui n’aiment pas ce sport. Dans l’église Notre-Dame, on projette le film muet de l’Autrichien Josef Dabernig sur une salle de fitness, l’écran est posé sur l’autel de l’église gothique, près du magnifique Rubens. Comme si le fitness, la culture du corps, était devenu le nouveau dieu, la nouvelle Eglise. Mais ce film montre aussi que le fitness peut être à la fois un loisir, une discipline et un châtiment, reprenant à lui seul les trois points de la trinité, du thème de la Biennale.

La prison a inspiré aussi le photographe Carl De Keyzer qui projette sa série de diapositives "Zona", sur la vie quotidienne dans 35 camps de prisonniers au fond de la Sibérie. Des images troublantes où leur condition de prisonnier est implicite mais on ne voit surtout que des jeunes s’ennuyant.

Symphonie des supporters

Le stade de foot du KV Mechelen a inspiré plusieurs artistes, comme le Hollandais Paul Hendrikse (né en 1977). Il a enregistré tous les cris des supporters pendant un match et a noté les mots, les slogans, les injures, les intonations, pour en faire une vraie partition, un oratorio qui est alors joué par un chef d’orchestre. Le football et ses passions deviennent loisirs artistiques.

Bien sûr, comme dans toute exposition vidéo de ce type, elle demande du temps. Plusieurs films ne sont compréhensibles que moyennant un effort pour suivre une narration, souvent en anglais ou avec des sous-titres en néerlandais (même si beaucoup d’œuvres sont sans paroles et même s’il y a un excellent guide du visiteur en français).

Tout ne procure pas les mêmes émotions, mais on a bien aimé la vidéo si mélancolique et poétique d’Agnieszka Polska qui a filmé, sur l’île suédoise de Gotland, des acteurs portant des masques d’artistes morts, et qu’elle imagine se retrouvant dans une autre vie où ils ont le temps de se rencontrer.

Belle aussi est l’œuvre de Marinella Senatore sur une école italienne de danse pour tous et le travail de Sonia Boyce qui a filmé à Göteborg deux épisodes récents de la vie de la ville, des épisodes qu’on croirait totalement opposés mais qui entrent dans une étrange concordance : des acteurs rejouent dans les night-clubs du quartier Haga et les grandes manifestations altermondialistes de l’été 2001.

Dans les lieux périphériques, la prison n’est accessible que les cinq dimanches du mois de septembre avec une performance sur place à 15 h. Pour le reste, les œuvres qui y sont sont réservées aux prisonniers.

Réduit à un cafard

Par contre, l’église Notre-Dame-par-dessus-la -Dyle est accessible. Elle est un magnifique échantillon de gothique brabançon, avec un autel baroque et un tableau majeur de Rubens : la pêche miraculeuse, sous la forme d’un triptyque.

Les Malinois appellent l’église "le disco de Dieu" car les vitraux détruits pendant la guerre ont été remplacés dans les années 60 par de très beaux verres colorés, modernistes, un peu psychédéliques. Ces vitraux abstraits et modernes donnent à l’intérieur de l’église des reflets étonnants.

Les Françaises Louise Hervé et Chloé Maillet montrent, juste sous le Rubens de la pêche miraculeuse, une vidéo qui évoque un club d’amateurs de plongée qui cherchent des trésors sous l’eau, "leur" pêche miraculeuse. L’Israélienne Keren Cytter raconte l’histoire d’un homme torturé par la culpabilité parce qu’il a assassiné ses parents. Il se compare à un cafard. La caméra innove dans les angles, se plaçant parfois au niveau des vrais cafards. Elle remet en cause les structures traditionnelles de la narration.

Dans une entrée latérale, on découvre une installation de Pernille With Madsen et de la New-Yorkaise Yvette Brackman qui vit aujourd’hui à Copenhague et qui a dû se battre sans fin avec la bureaucratie locale pour pouvoir y habiter. Elle a fait de toute cette paperasserie une grosse boule qu’elle a donnée à l’autre artiste, qui l’a placée au bout d’une chaîne tournant à grande vitesse. Devenue arme, cette boule incarne le monde infernal des papiers aujourd’hui nécessaires, des règles qui nous oppressent.

"Contour", jusqu’au 3 novembre. Départ du parcours et centre de la Biennale à la Cour de Busleyden, Frederik de Merodestraat 65. Ouvert le jeudi et le vendredi de 10h à 17h et le samedi et le dimanche de 10h à 18h. Infos : www.contour2013.be

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