L'énigme de l'univers

Claude Lorent Publié le - Mis à jour le

Arts et Expos

Cette exposition constitue une étape marquante dans l'oeuvre d'André Lambotte (Namur, 1943) dans la mesure où elle rompt avec une des données qui fut quasi invariable depuis 1972 : la référence plus ou moins implicite à la ligne d'écriture. Celle-ci imposait généralement une lecture a priori horizontale de chaque oeuvre. Quelques exceptions ont confirmé cette règle, notamment les tressages.

En abandonnant cette contrainte qu'il s'était librement imposée, André Lambotte s'offre comme une nouvelle liberté, un champ d'exploration désormais infini et accentue plus que jamais la notion de all over. Chaque dessin au crayon de couleur et encre de Chine est plus dense que jamais et sollicite davantage que précédemment notre acuité de perception. La couleur y joue un rôle primordial. Tout d'abord, parce qu'elle impose une gamme de tonalités et une luminosité : tantôt le bleu, l'orange ou le vert; tantôt la clarté presque solaire quelle que soit la teinte, tantôt une approche essentiellement en sourdine. Ensuite, parce qu'elle impose, par une succession de ponctuations plus ou moins régulières, des rythmes à la fois saccadés et imprévisibles, ou des ondes variables qui transmettent comme une musicalité chromatique. Conjointement pourtant, l'apport des nuances apporte aux oeuvres une énergie qui les atomise tout en conservant leur concentration comme en un microcosme grouillant, vivant, mouvant.

Les effets optiques obtenus ne sont pas uniquement provoqués par les couleurs. Les traits multiples et répétés, leur intensité variable et l'apport du noir de Chine créent des tremblements qui empêchent l'oeil de se fixer en un endroit précis, car il se retrouve directement sollicité par son voisin, ses voisins, alter ego cependant, tous différents. Cette multiplicité et cette singularité - jointes aux variations chromatiques, aux espaces, aux scansions, aux superpositions et débordements, aux innombrables irrégularités - finissent par créer un univers en soi qui échappe finalement à l'entendement.

Il y plane un mystère, une énigme que l'on pourrait croire propre à cette abstraction, mais qui, probablement, rejoint l'interrogation fondamentale sur l'immensité incommensurable de l'espace lui-même.

Claude Lorent

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