Arts et Expos

L’exposition « Picasso 1932 année érotique » montre le lien le lien entre puissance sexuelle et création.

L’exposition au musée Picasso à Paris (qui ira ensuite à la Tate Modern) est une première. Elle suit jour après jour, la vie et l’oeuvre de Picasso durant les douze mois si fastes pour lui de 1932. Picasso vient d’avoir 50 ans. Les lettres montrent qu’on l’appelle « maître » en évoquant sa « gloire ». Il prépare pour juin une rétrospective à la galerie Georges Petit avec 223 tableaux qui attira au vernissage 2000 visiteurs (mais pas Picasso qui préféra aller au cinéma).

Sur le plan privé, il vit encore avec Olga et leur fils Paul. Mais depuis sa rencontre en 1927 avec Marie-Thérèse qui n’avait alors que 17 ans et lui 45 ans, c’est la passion érotique qui le submerge.

Les trois premier mois de 1932 sont picturalement phénoménaux. Marie-Thérèse et son corps sont « le » sujet de sa tableaux. L’un d’entre eux le démontre: « Le Rêve » racheté en 2013 par le milliardaire américain Steven Cohen pour 155 millions de dollars.

Elle est assise sur un fauteuil rouge dans l’appartement de rue de la Boétie. Un sein découvert, elle est dans un sommeil béat, dans une douceur angélique Das un décor à la Matisse. Mais le haut de son visage a la forme d’un pénis en érection que ses lèvres viennent caresser et ses mains ont six doigts refermés sur son pubis.

© Succession Picasso/Gestion droits d'auteur

Un satyre?

Son marchand Kahnweiler écrivit : « Il semblerait qu’un satyre qui viendrait de tuer une femme aurait pu peintre ce tableau. C’est très vivant, très érotique, mais d’un érotisme de géant ».

Toute cette période est faite de courbes et rondeurs, où un fruit devient aussi un sein et les corde d’une guitare dessinent un pubis. Comme si la pulsion sexuelle était le moteur de son processus créatif. Elle le resta toute sa vie comme le montrait cet été la si belle expo Picasso à Landerneau. On y voyait ses derniers toiles où la peur de l’impuissance artistique se mêle à celle de l’impuissance sexuelle et entraîna un nouveau sursaut créatif.

En peignant sans cesse Marie-Thérèse et son corps souvent nu en 1932, c’est en fait à la peinture même que Picasso s’attaque et qu’il renouvelle chaque fois. Au Centre Pompidou, on expose pour l’instant André Derain qui eut au départ cette même créativité avant de brusquement s’arrêter. Picasso, lui, ne l’a jamais fait jusqu’à sa mort à 91 ans.

L’expo est remplie des chefs d’oeuvre de cette époque où Marie-Thérèse est parfois ramenée à une suite de volumes en trompe l’oeil, où les baigneuses deviennent des formes minimales comme des hiéroglyphes courant sur la plage.

On suit de mois en mois, le travail de Picasso, y compris son intérêt pour la Crucifixion de Grünewald au retable d’Issenheim et le reportage de Brassai à Boisgeloup, le château de Picasso.

Remplie de tableaux et dessins, l’expo est aussi enrichie par tous les documents que conservait Picasso de manière obsessionnelle: tickets de spectacles, notes d’hôtel, lettres, y compris celle au venin de Fernande, son ex, qui lui reproche d’être obnubilé par l’argent.


Picasso 1932, jusqu’au 11 février, Musée Picasso, Paris.