Arts et Expos

L’exposition au Pompidou montre un peintre à la pointe de l’avant-garde avant qu’il ne régresse dans le conservatisme.

André Derain (1880-1954) a toujours dérouté les historiens de l’art, tant il changea de styles au cours de sa vie. L’exposition que le Centre Pompidou lui consacre se focalise sur sa « décennie merveilleuse » de 1904 à 1914. Il était alors aux côtés de Matisse, Picasso, Braque, Apollinaire, avant de faire machine arrière et de continuer à peindre pendant 40 ans dans un style archaïsant. Le comble de ce « retour à l’ordre » fut sa participation en 1941 à une tournée officielle d’artistes français en Allemagne à l’invitation des autorités nazies.

Comment se fait-il qu’un peintre si doué, au fait de tout ce qui se crée, puisse régresser ainsi? Gertrude Stein, l’amie de Picasso, avait son opinion: « Derain est un découvreur, un aventurier de l’art, le Christophe Colomb de l’art moderne, mais ce sont les autres qui profitent des nouveaux continents ». Alfred Barr, mythique directeur du MoMA, disait: « Derain appartenait au trio qui dominait l’art moderne à Paris avec Matisse et Picasso mais quand il mourut en 1954, on regardait avec condescendance et parfois même avec mépris, son travail des trente dernières années. »

L’exposition à Paris montre un Derain formidable, mais qui hélas ne dura que quelques années et laissa toujours un mystère.

Il était né à Chatou dans une famille de commerçants aisés qui tenait un commerce de crémier-glacier. Le père était un notable qui voulait pour son fils une carrière de militaire ou d’ingénieur mais il s’orienta vers la peinture et l’académie Camillo à Paris où il rencontra Matisse, Vlaminck et Marquet.

L’expo débute avec ses peintures durant son service militaire. Il s’aidait de photographies et avait des idées anarchistes comme le montre le »Bal à Suresnes » où il se moque de l’armée.

Fasciné par Van Gogh, cherchant à dépasser les impressionnistes, il libère la couleur, juxtapose des couleurs vives et pures, rend les arbres rouges, l’herbe bleue, les visages verts, la mer orange. La couleur n’est plus celle qu’on voit mais celle de ses sentiments.

Le fauvisme

Le fauvisme était né. C’est le critique français Louis Vauxcelles qui inventa le terme en 1905 en découvrant des tableaux de Matisse, Marquet, Derain, de Vlaminck,… Devant un petit buste classique de Marquet au milieu d’une rage de couleurs pures, il s’écria : « c’est Donatello chez les fauves ».

C’est une période faste pour Derain avec l’audace de ses compositions et de ses juxtapositions chromatiques.

© � Adagp, Paris 2017

Comme Matisse, il se lance aussi dans de grandes compositions allégoriques avec sa « Danse", un des sommets de l’expo, qui mélange une Arcadie imaginaire et les poses des danseuses du Cambodge venues à Paris.

En 1906, il est envoyé à Londres par Vollard, son marchand, et se confronte avec Monet avec des peintures ivres de couleurs. C’est là qu’il a le choc de l’art africain qu’il découvre au British Museum et qu’il défend immédiatement auprès de Matisse et Picasso.

On le voit influencé par Gauguin, puis par Cézanne, réinterprétant à la lumière du primitivisme ses Baigneuses. Les trois Baigneuses de 1907, de Derain, prêté par le MoMA sont un autre moment fort de l’expo.

© � Adagp, Paris 2017

On dit qu’en décuvant ce tableau, Picasso voulut faire encore plus novateur et ce furent « Les Demoiselles d’Avignon ». Mais alors que Picasso ne cessa ensuite de surprendre et d’innover (la preuve par l’expo « Picasso 1932 » actuellement au musée Picasso), Derain s’arrête, s’orientant dès 1911, vers une figuration néo-archaïque inspirée des primitifs italiens et de l’univers poétique de Claudel, avec des portraits hiératiques et des scènes mystérieuses et symboliques. On peut aimer parfois cette étrangeté mais ses années de gloire étaient passées. Il n’avait que 34 ans.


André Derain, 1904-1914, la décennie radicale, au Centre Pompidou à Paris, jusqu’au 29 janvier.