Arts et Expos

C’est un fait exceptionnel et un gros coup dur pour le musée des Beaux-Arts. Son exposition phare, internationale, sur l’héritage bruxellois de Rogier van der Weyden, magnifique exposition qui demanda quatre ans de travail, avec des tableaux sur bois prêtés de partout dans le monde, doit précipitamment et définitivement fermer ses portes. Et ce, alors qu’elle était prévue jusqu’au 26 janvier.

En cause : des risques d’humidité causés par un incident survenu lors de la pose d’une bâche au-dessus du puits de lumière de l’ancien musée d’Art moderne. Une erreur d’un sous-traitant, nous expliquait le directeur du musée, Michel Draguet, avait amené à ce que des carottages soient forés dans le toit pour fixer la bâche, sans tenir compte de la finesse de la toiture. Il y eut alors des infiltrations d’eau dont on s’est rendu compte par des goutte-à-goutte tombant en pleine exposition. Par prudence, on ferma quelques jours l’exposition pour colmater les trous et vérifier que la température et l’hygrométrie des salles n’avaient pas bougé. Michel Draguet nous assurait encore mardi que non seulement rien n’avait été endommagé mais que l’expo avait pu rouvrir sans problème.

Mais voilà que tout a changé. Le musée s’est rendu compte que le colmatage des “trous” était plus complexe que prévu et que les garanties d’étanchéité exigées ne pouvaient être absolues. Les prêteurs de ces chefs-d’œuvre très fragiles ne voulaient bien sûr courir aucun risque. Michel Draguet non plus, qui prit la seule décision encore possible : fermer.

Bâcher le puits

C’est un grave coup financier et d’image pour le musée. D’autant que ce n’est pas le premier incident, le premier “couac”. On se souvient qu’il y eut une panne non décelée de la climatisation dans les réserves et qu’il y a eu des dégâts (limités). On se souvient aussi de plusieurs expositions programmées aux Beaux-Arts et au Cinquantenaire et qui durent être annulées (le surréalisme venu de la Fondation Beyeler, les cent ans de la maison Stoclet-Hoffmann-Klimt, etc.).

L’incident d’aujourd’hui tombe au plus mal pour Michel Draguet car il survient à quelques jours de l’ouverture du musée Fin de siècle, le 5 décembre, cause indirecte de ces infiltrations. Car la bâche à l’origine des trous devrait servir à occulter le puits de lumière (contrairement aux plans de Roger Bastin) pour permettre la projection de films 3D vus depuis les salles du futur musée. De plus, on peut se demander pourquoi on arrêta les travaux par mesure de précaution lors de l’exposition Jordaens et pas dans ce cas-ci.

Un musée Fin de siècle qui a accumulé déjà de nombreux retards à cause des restrictions budgétaires et des procédures d’adjudication. S’il sera certainement superbe, il est aussi lié à la décision qui reste très controversée d’avoir fermé le musée d’Art moderne pour y installer ce musée Fin du XIXe siècle.

Dans nos colonnes, ce jeudi, Philippe Roberts-Jones lui-même, l’ancien directeur du musée et le “père artistique” de Michel Draguet, disait regretter beaucoup cette décision d’autant, ajoutait-il, qu’on aurait pu installer la collection Gillion Crowet dans les extensions (vides, à désamianter) du musée d’Art ancien.

Coup dur donc, aussi pour le directeur du musée, homme brillant voire visionnaire, auréolé du grand succès du musée Magritte, mais qui se retrouve à nouveau au centre des polémiques, entre autres pour cet incident, certes dû à un fournisseur et indépendant de sa volonté. Mais, y eut-il un suivi de chantier suffisant ? Et l’installation du musée Fin de siècle et le bâchage du puits ne sont-ils pas les causes indirectes ?

Cerise sur le gâteau : Bernard Hennebert qui se veut le chevalier des consommateurs culturels s’en prend déjà au prix futur, trop élevé selon lui, de l’entrée au musée Fin de siècle et des expos au musée en général.