Arts et Expos

Foi de mentor juré, Ignace Vandevivere s'était pourtant, un jour, promis de n'être ni professeur, ni directeur de musée! Il cumule aujourd'hui les deux missions et, pour lui, l'âge de la retraite n'est pas pour tout de suite: «Comme prof, je suis encore bon pour trois ans et, en ce qui concerne le musée, tout dépendra des circonstances! C'est vrai que l'on parle déjà de ma succession, mais l'on n'en est pas là. J'ajoute même qu'ayant une très bonne équipe à mes côtés, j'entends bien que celle-ci puisse, sans heurts, poursuivre son travail à ma suite.»

L'histoire du musée est unique en son genre. Unique et remarquable. En 1966, deux ans avant la scission entre les ailes francophone et néerlandophone de la vieille Université de Louvain, un legs essentiel - le legs Van Hamme - fait à Jacques Lavalleye, qui dirigeait alors le département d'Art et d'Histoire de l'auguste institution, stipulait la création d'un musée. Son premier fonds n'était pas banal: quelque 700 objets et sculptures du Moyen Âge et de la Renaissance collectés dans les années 20 par un mécène éclairé. Trois amis se retrouvaient aussitôt mêlés à l'aventure: Ignace Vandevivere, Bernard Van den Driessche, Jazeps Trizna.

Lors du déménagement à Louvain-la-Neuve, cette vaillante première équipe disposa, dans l'enceinte de la faculté de philo et lettres, d'un premier espace de 1000 m2, plus tard doté d'extensions quasi impossibles à gérer par un personnel à ce point réduit.

Il n'empêche que le musée s'étoffa avec une position de départ dictée par la configuration des collections engrangées au fil des saisons. Diverses, éclectiques, elles apparurent idéales pour une institution ayant pour moteur l'enseignement de l'histoire de l'art. D'où «la volonté de créer des tensions fécondes et, tout en développant une prise en charge de la création contemporaine, celle d'associer le musée au projet de la ville elle-même: être ouverture, dialogue».

VIE D'UN MUSÉE

Depuis novembre 1979, date de son inauguration, plus de 160 expositions y ont vu le jour. Entre exploitation du patrimoine, expositions exceptionnelles - Juan de Flandres, par exemple - et accrochages contemporains, l'idée d'un «Musée du dialogue» s'est affirmée.

Des donations d'artistes et de collectionneurs attirés par cette particularité inédite ont, depuis, permis au musée de disposer de quelque 6000 oeuvres. En 1990, il apparut à la direction que de nouvelles perspectives de localisation s'imposaient. L'importance d'un nouveau legs - le legs Delsemme - particulièrement varié dans sa configuration et révélateur d'un fécond dialogue Orient-Occident, incita Vandevivere à demander un projet de bâtiment à un architecte japonais. L'alentour du lac fut retenu et les plans entrepris.

Trop fabuleux alors que la crise économique sévissait? Le projet tint l'affiche six ans, puis sombra définitivement en 1996. D'où la mise sur le tapis d'un projet qui, plus modeste, engloberait plusieurs points forts de l'Université avec, pièce maîtresse, l'édification par Philippe Samyn d'une Grande Aula, devenue depuis son inauguration en mai dernier la plus vaste salle multiculturelle de Wallonie. Or, et si les plans sont, comme l'on pense, acceptés à la rentrée, les travaux du musée devraient démarrer pour se conclure en 2003.

Pour ce second bâtiment, Samyn a eu l'idée de deux volumes reliés en dessous et au-dessus de la rue, de la Grand-Place. Ils offriront concrètement 4000 m2

d'exposition. De quoi l'inaugurer avec l'entièreté du patrimoine. Un patrimoine nourri, on l'a compris, par des dons et des legs - le musée, qui ne dispose déjà pas d'un vrai budget de fonctionnement, ne fait pas d'achats - souvent prestigieux. Les plus récents: les donations Rouir et Boyadjian.

Dans ses nouveaux habits, le Musée de Louvain-la-Neuve aura belle allure dans un espace attractif à souhait, entre la Grande Aula, un cinéma de 14 salles et les futurs Musée et Studios Hergé. De quoi ravir Ignace Vandevivere...

© La Libre Belgique 2001