Arts et Expos

Très belle exposition à l’Institut du monde arabe sur 2000 ans d’histoire de ces Chrétiens si menacés.

C’est une des plus belles expositions à voir à Paris et une des plus visitées par le public. Elle ira ensuite à Tourcoing, à notre frontière.

Cet engouement est justifié car ce sont des trésors inestimables qui sont exposés à Paris, mais aussi bien sûr, parce que derrière cette exposition historique et artistique, il y a la question politique et dramatique de l’avenir très compromis des Chrétiens d’Orient. Au début du XXe siècle, ils formaient encore 20 % de la population du Proche-Orient. Aujourd’hui, ils ne sont plus que 3% (encore 30 % au Liban et 9 % en Egypte). De plus en plus, partout, Ils sont la cible des extrémistes, de l’Irak à l’Egypte en passant par la Syrie.

L’exposition démontre d’abord de manière éclatante que les Chrétiens d’Orient font partie intégrante de l’histoire de cette région. Jack Lang, le président de l’Institut du monde arabe, rappelle qu’"en ces temps de feu et de sang, il fallait rappeler le rôle essentiel qu’a joué et que joue encore la composante chrétienne du monde arabe. Il fallait rappeler que le très vieux peuple des Arabes chrétiens fut l’un des acteurs de la modernité de cet oublieux berceau au sein duquel il peine aujourd’hui à conserver sa place".

L’exposition raconte cette histoire commencée il y a 2000 ans, avec toutes ses péripéties: premières églises formées peu après la mort du Christ, formations des diverses Eglises au gré des conciles glosant sur la divinité ou non du Christ et émergence des Eglises grecque, copte, assyro-chaldéenne, syriaque arménienne et maronite, toujours sur fond de querelles théologiques.

© Benaki Museum, Athens
Fragment d'une icône avec représentation du Christ, Egypte, VIIe siècle.


Victimes des Croisés

Et puis vint la conquête arabe des quatre premiers califes (632-661) introduisant l’Islam comme religion nouvelle.

Mais les chrétiens s’adaptèrent et furent tolérés sous forme de "dhimis" ("protégés" mais avec des droits moindres) et continuèrent à jouer un rôle clé au Proche-Orient dans l’administration comme dans la vie intellectuelle et sociale, y compris sous l’empire ottoman. Ils furent des passeurs culturels. Ils participèrent activement au nationalisme arabe.

On explique que ces chrétiens d’Orient furent les principales victimes des Croisés, car ils étaient suspects aux yeux des chrétiens d’Occident comme des Musulmans.

Aujourd’hui, la question est de savoir si cette diversité du monde arabe, si riche culturellement, va pouvoir encore continuer.

Cette histoire est racontée et illustrée par 300 pièces souvent exceptionnelles.

On peut découvrir les Evangiles de Rabbula, un célèbre manuscrit enluminé syriaque du VIe siècle. Plus étonnant encore, on a amené à Paris les premières fresques d’églises connues au monde. Elles datent du IIIe siècle et se trouvaient à Doura-Europos en Syrie. On y voit une représentation naïve (c’est la toute première !) de la guérison du paralytique et de Jésus marchant sur l’eau. Ces frises sont entreposées à la Yale University aux Etats-Unis.

On découvre encore des ivoires admirables du VIIe siècle, des mosaïques des premières églises palestiniennes et syriennes, des portraits de moines coptes du monastère égyptien de Baouit, des stèles et souvenirs de pèlerinages datant des premiers temps du christianisme.

© collection Antoine Maamari Beyrouth
Evangile arabe, Syrie 1675


Simon du désert

Très beaux manuscrits enluminés aussi et des icônes dont celle d’un Arabe chrétien montrant les saints stylites Syméon qui vivaient au sommet de hautes colonnes au milieu du désert, nourris par la charité. On projette à coté un extrait du film "Simon du désert" de Bunuel racontant ces "fous de Dieu".

L’exposition rappelle que le Proche-Orient fut toujours une terre de pèlerinage et montre ces grandes maquettes de la basilique du Saint Sépulcre à Jérusalem achetées sur place par les riches voyageurs, en guise de souvenirs.

Ce fut aussi une terre de drames. On a beaucoup évoqué le massacre des Arméniens mais beaucoup moins celui des chrétiens en Syrie en 1860 et la terrible famine perpétrée la même année au Mont-Liban et qui frappa essentiellement les chrétiens.

La fin de l’exposition montre le sort de ces chrétiens aujourd’hui. Souvent en exil, comme le raconte le metteur en scène et écrivain Wajdi Mouawad. Une série de photographies témoigne de cette vie qui continue malgré tout pour ces chrétiens d’Orient sur le sol de tous leurs ancêtres.

© Roger Anis
Roger Anis, Blessed Marriage, Egypte, Le Care, 2015.



--> "Chrétiens d’Orient, deux mille ans d’histoire, Institut du monde arabe". À Paris, jusqu’au 14 janvier. Ensuite, à Tourcoing, au MUba, du 23 février au 12 juin