Arts et Expos

Exposition gratuite dans le parc de Bruxelles avec un choix dans les 10000 clichés de nos trésors que l’Allemagne prit en 14-18.

C’est un pan méconnu de notre passé qu’on peut découvrir en une exposition exceptionnelle et gratuite dans le parc de Bruxelles, cet Palais royal, jusqu’à 17 septembre. L’expo sera ensuite itinérante dans diverses villes flamandes en 2017 et wallonnes en 2018.

On y découvre un choix parmi les 10000 photographies sur verre que l’occupant allemand prit il y a juste cent ans, en 1917 et 1918 à la fin de la guerre 14-18. Il fit venir d’Allemagne toute une équipe d’experts -les meilleurs du moment-, une trentaine d’historiens de l’art, architectes et photographes pour répertorier et photographier les monuments belges les plus importants (églises, béguinages, châteaux, hôtels de maître, monuments publics, etc.). La qualité exceptionnelle des négatifs et de la prise de vue (cadrage, éclairage, précision) en font des documents uniques, aussi sur la vie sous l’occupation.

On en découvre de beaux exemples en parcourant le parc royal. Juste devant le Palais, on voit une immense photo d’alors en négatif, du même Palais. Parfois, des photographes actuels ont put retrouver un même angle de vue et montrent la différence à cent ans de distance. Comme l’évolution de la Collégiale de Nivelles.

Après la guerre, cette collection partit en Allemagne, mais l’Etat belge eut la possibilité quelques année plus tard de racheter cette collection dans le cadre de l’accord des réparations de guerre. L’ensemble fut confié à l’Irpa (Institut royal du patrimoine artistique) qui ces trois dernières années, a tout digitalisé et étudié. L’exposition est le fruit de ce travail.

Outil de propagande

Par cet inventaire patrimonial l’occupant allemand voulait abord se donner une image « civilisée ». On se souvient que le 25 août 1914, Louvain avait été incendiée par les troupes allemandes en représailles, disaient-elles, à de prétendues actions de francs-tireurs, et le feu fit rage pendant trois jours. Dans la bibliothèque universitaire, les étagères métalliques se tordaient sous la chaleur. Le bilan fut terrible : mille bâtiments détruits, 248 morts. Pas moins de 300 000 ouvrages précieux brûlés, dont un exemplaire de l’atlas d’anatomie de Vésale offert par Charles Quint.

Si d’autres villes, comme Dinant, eurent davantage de victimes, ce fut le sort de Louvain qui frappa durablement le monde entier, symbole de ce qu’on appela la "furor teutonicus", la férocité des Teutons. Le saccage de Louvain fit le "buzz". Les reporters de guerre (puis le tourisme des ruines) furent vite sur place et les journaux américains en firent leur "une", écrivant que les Allemands avaient fait à Louvain davantage de dégâts que le tremblement de terre de 1906 en avait fait à San Francisco.

Il s’agissait donc en 1917, pour l’Allemagne, de montrer qu’elle était un pays « civilisé » et que c’était la France de Louis XIV qui avait incendié Bruxelles et non pas eux.

Le but était donc de propagande vers la population belge pour tenter d’attirer sa sympathie. C’était vrai en particulier envers la population flamande que l’occupant cherchait à séduire en flattant sa spécificité et sa richesse culturelle.

© Irpa

Les clichés allemands 1917-1918, parc de Bruxelles, jusqu’au 17 septembre