"La beauté de l'ordinaire" au Botanique

Roger Pierre Turine Publié le - Mis à jour le

Arts et Expos

Sous-titrée "Ou comment je me suis disputé avec mon voisin", cette très spéciale exposition, entièrement renouvelée pour sa présentation dans la salle du musée du Botanique, met en scène une carte topographique géante de la Belgique vue d'oiseau et découpée selon une suite de modules, à découvrir cartes sur tables ou, plus ludique encore, à partir des mezzanines de l'auguste salle de l'ancien "Jardin".

Installée dans une pénombre qui convient évidemment à sa projection sur grand écran et, concurremment, sur une suite d'écrans de télévision disposés en enfilade sur le sol, le film de Liberski, initié au départ d'une série de photographies de notre quotidien le plus usuel, crée, tout en même temps, une sensation de bien-être, celui-là même de se retrouver dans ses meubles, et celle, moins réjouissante, de se voir confronté à une réalité coutumière pas si riante que cela. Petites satisfactions pour petit pays pas toujours géré avec l'honneur et le recul qui sied aux grands ? Il y a de cela dans ces vues qui, pourtant, ne trompent en rien les évidences à nu.

"Ils étaient gais comme le canal", chantait Jacques Brel avec une certaine raison, sans mépris. A défaut d'un vrai fleuve, comme peuvent s'enorgueillir toutes les grandes villes, Bruxelles vit, quelque part, au rythme de son modeste canal ! Vues du canal, de jours gris à l'image de ses rives sans trop d'odeurs, sinon le laisser-aller d'une malpropreté qui gagne du terrain. Rues communales sans trop de reliefs, mais aussi vues nocturnes empreintes de chaleur tranquille. Notre pays n'est-il pas terre de contrastes et, à ce titre, souvent surréaliste en soi?

Écrivains et personnalités

Banalité architecturale, banalité spatiale, mais aussi trésors d'images, de bâtis, de lumières, d'inattendus visuels et sonores. Car si l'image est ici un puissant vecteur de sensations et d'émotions, de sourires et regrets, le fond sonore retenu par Liberski est indissociable d'un tout qui empêche l'esprit de s'endormir. Du moulin de Ruisbroek à d'autres lieux, d'autres tranches d'âme et de pays, ce voyage est vagabondage, tranche de vie et d'instants surpris à une certaine heure du jour. Laquelle pourrait être celle-là ou une autre. Et, comme tout y est une question de point de vue, d'ambiance et d'exploration mentale dans des sites qui nous ressemblent peu ou prou, le catalogue de la manifestation se singularise par sa suite de commentaires émis par 13 personnalités, aux origines diverses, qui, à un instant de leur vie, ont accepté de souligner leur "beauté de l'ordinaire".

Co-édition A 16 et Label Architecture, en complicité avec le ministère de la Communauté française et son Commissariat général aux Relations internationales, ce petit livre charmant nous propose "treize façons de regarder dehors". Un florilège d'aventures. Certaines accompagnées de photos, d'autres plus littéraires ou plus denses.

Relevons ainsi cette réflexion de Claude Javeau : "Si le Belge en tant que tel ne professe guère un nationalisme à fleur de peau, son ancrage dans un ordinaire peu exaltant à première vue n'en est pas moins réel. Il défie l'anecdote comme la banalisation : ni trop laid ni trop beau en général, il est semblable à ces personnes dans la force de l'âge pour lesquelles "force" compte autant qu'"âge". Et si dès lors l'inintéressant devenait passionnant à force d'y pénétrer ? "La beauté de l'ordinaire" tient sur ce fil du rasoir : voir en soi.

Roger Pierre Turine

Facebook

Ailleurs sur le web

Les + consultés de la semaine

cover-ci

Cover-PM