La beauté douloureuse des êtres

Claude Lorent Publié le - Mis à jour le

Arts et Expos

La précision et la concision sont les atouts majeurs de la vidéaste Maria Marshall (Bombay, 1966) qui filme les scènes comme on les aurait peintes en un autre temps. En les composant très rigoureusement et en y concentrant les détails, elle rassemble dans la brièveté tout ce qui les porte à un point culminant de l'expression et de l'émotion. L'apport du mouvement, de la temporalité, grâce à la technique contemporaine, est un ajout correspondant à une forme de langage bien actuelle.

Pour sa seconde exposition personnelle en galerie bruxelloise, l'artiste londonienne propose quatre projections de courte durée dans lesquelles on retrouve les principales caractéristiques de son travail antérieur dont on put aussi voir une oeuvre remarquable au Mac's lors de l'ouverture.

A l'exception d'une réalisation en noir et blanc quelque peu différente dans le propos et la conception, ses vidéos mettent en scène ou ses enfants ou elle-même en tant qu'actrice. Cette intimité familiale qui implique de profonds sentiments confère aux oeuvres une densité émotionnelle peu commune que l'artiste accentue jusqu'au paroxysme dans l'exploitation des sujets, tous focalisés sur l'enfance. Chaque vidéo, extrêmement soignée au niveau de la réalisation, de la maîtrise de l'image, attire le regard d'emblée par des qualités plastiques de tout premier ordre - lumière, couleurs, construction - et le retient car s'y infiltre une tension qui ne cesse de croître jusqu'au point final et crée un climat potentiellement dramatique.

Révéler les sujets de ces brefs scénarios priverait d'une part importante de la découverte des oeuvres même si cela n'enlève rien à leurs qualités intrinsèques. La preuve, c'est que l'on y reste collé pour une seconde, une troisième... vision sans que l'intérêt et l'attirance ne faiblissent, bien au contraire, chaque détail, chaque mouvement de caméra, chaque parole, chaque geste, gagnent en importance. Maria Marshall parvient à exercer une sorte de fascination angoissante.

Traitant de l'enfance, elle en montre les deux faces opposées, la beauté, les dangers, même la cruauté et fait naître le malaise par une certaine ambiguïté recherchée en jouant sur la fragilité des êtres, adultes ou enfants.

Ce faisant, et non sans références précises à l'histoire de l'art, à la symbolique, aux récits bibliques, elle met en images les douleurs aiguës et les bonheurs de la vie dans leurs situations des plus précaires.

© La Libre Belgique 2004

Claude Lorent

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