Arts et Expos

Le minimalisme sied bien à l’architecture somptueuse de la villa Empain à Bruxelles. La cinquantaine de peintures monochromes coréennes du groupe d’artistes Dansaekhwa, laisse toute la place à l’architecture Art déco et inversement celle-ci donne de l’énergie à ces superbes peintres minimalistes, souvent inconnus chez nous.

Il y a certes parmi eux, Lee Ufan, très connu, qui a son musée au Japon à l’île de Naoshima et qui occupait les jardins de Versailles en 2014. Ses peintures à la villa Empain datent des années 70, avec les traces de coups de peinture appliqués jusqu’à l’épuisement de la couleur.

Né en 1936 en Corée du Sud dans un village de montagne, Lee Ufan fut d’abord initié à la culture traditionnelle chinoise. Il se forme à l’écriture et à la littérature. Installé au Japon à l’âge de 20 ans, il étudie la philosophie (il est inspiré par Heidegger). Il est attiré aussi par l’abstraction gestuelle de Jackson Pollock. Et il participe alors au mouvement japonais Mono-Ha ( "L’école des choses"), dont le but était d’utiliser une chose sans rien y ajouter, faisant voir des éléments dans les rapports qu’ils entretiennent entre eux. Ce mouvement est né indépendamment mais en même temps que des mouvements similaires en Occident comme l’Arte Povera ou le Land Art.

Très politique

Lee Ufan critique l’hyperproductivité du monde contemporain et concentre son travail en un simple geste, un geste d’énergie et de méditation, qui, comme celui du calligraphe, est le fruit d’une longue et patiente préparation.

Contrairement aux apparences, les artistes coréens étaient aussi très politiques. La Corée des années 70 était pauvre, sortait d’une longue occupation japonaise, d’une guerre et était soumise à la dictature. Ces artistes en choisissant l’abstraction refusaient de devenir des propagandistes du régime. Et en utilisant le papier traditionnel, le geste du calligraphe et la peinture comme espace de méditation, ils rejoignaient la culture séculaire de Corée contre les pressions américaines.

Mais en même temps, ils étaient universels, retrouvant les mêmes lignes que celles d’artistes comme Agnès Martin, Cy Twombly ou Robert Ryman.

Signalons qu’une autre expo du mouvement Dansaekhwa avec les mêmes artistes s’ouvre au domaine de Kerguéhennec en Bretagne.

---> Villa Empain, jusqu’au 24 avril. Fermé le lundi.


Des révélations

Kwon Young-Woo (1926-2013) applique du papier sur la toile et le déchire ensuite avec ses ongles. Le papier absorbe l’encre. Comme chez tous ces artistes, la peinture est le résultat d’un geste et d’une temporalité. La forme naît d’un processus corporel et le fige dans l’espace et le temps.

Chung Sang-Hwa (1932) couvre sa toile d’une couche primer, plie ensuite la toile en plis serrés provoquant des microfissures qu’il comble avec de la couleur.

Chung Chang-Sup (1927-2011) utilise du papier coréen "Tak" dont il utilise les propriétés d’absorption et de macération pour faire des tableaux sculptures.

Park Seo-Bo (1931) couvre sa toile avec un même geste répété à l’infini, comme la trace du temps qui passe.