La belle histoire des "Six d'Anvers"

Guy Duplat Publié le - Mis à jour le

Arts et Expos

La mode à Anvers a plus fait pour renouveler l'image de la Flandre à l'étranger que les discours de tous les politiciens à la fois. Anvers est devenue une ville à la mode, branchée, à la pointe de la création, grâce à ses stylistes. L'exposition "6 +" d'hommage et de rétrospective permet de se rappeler ce cheminement hors du commun. L'expo - gratuite - se tient actuellement aux guichets du Parlement flamand à Bruxelles, un beau local ancien Art déco de la Poste, dédié dorénavant à des expositions. C'était là qu'eut lieu la belle expo Jan Fabre sur ses "boîtes à penser". "6 +" a été montée par le très branché musée de la Mode d'Anvers avec de nombreuses robes et costumes, des vidéos des défilés les plus marquants et un guide offert à tout visiteur... Et en français. Sur les murs de l'expo ont été reproduits quelques-uns des centaines d'articles parus dans la presse mondiale sur les "Six d'Anvers". "L'Anvers de la mode", titrait ainsi "Libération".

On retrouve le côté subversif des créateurs anversois. Il y a vingt ans, la mode à Paris était encore glamour et élitiste, bonne pour une riche bourgeoisie. Les Belges sont arrivés avec des vêtements "libérés" et contemporains, audacieux et authentiques, un peu comme le faisait Comme les garçons et Yamamoto. D'emblée, ils imposaient un style qui continue encore aujourd'hui.

Il y avait certes eu des précurseurs à Anvers, mais le déclic est arrivé au début des années 80, au départ de la section Mode de l'académie d'Anvers. Une génération de créateurs a balayé les idées reçues au moment où la Flandre nouvellement autonome cherchait à se faire connaître et où Willy Claes apportait l'argent de son plan textile. Six créateurs - Dirk Bikkembergs, Ann Demeulemeester, Dries Van Noten, Dirk Van Saene, Walter Van Beirendonck et Marina Yee, juste sortis de l'académie, se présentèrent groupés. C'est lors du "British design show" de 1988 à Londres, que la presse anglaise les appela "The Antwerp Six".

Chacun des six en vint rapidement à défiler seul à Paris, sous son nom. Ils furent suivis par une génération nouvelle de créateurs : Martin Margiela, Raf Simons, A.F. Vandevorst, Véronique Branquinho, Jurgi Persoons.

Ces créateurs sont parfois entrés dans de grandes maisons. Margiela, par exemple, a commencé chez Gaultier, fut responsable des collections femmes chez Hermès et travaille avec Diesel. Ralf Simons est chez Jil Sander. Walter Van Beirendonck est resté lié à Anvers et dirige aujourd'hui l'académie de mode, succédant à Linda Loppa partie à Florence et qui fut une des chevilles ouvrières du miracle anversois.

L'exposition présente la richesse de cette mode, entre classicisme noir et exubérance colorée. Les défilés de ces créateurs furent parfois fameux comme celui en 1999 de Margiela, le "déconstructiviste" de la mode, défilant dans un quartier populaire de Paris et invitant les enfants du quartier à défiler avec les mannequins. Ou celui d'Ann Demeulemeester en 2006 avec sa muse Patti Smith ou celui de Van Beirendonck en 1998, semblable à une performance d'artiste et inspiré du film "Lost Highway" de David Lynch avec des mannequins noirs maquillés comme Marilyn Manson et une invitation sur un sac plastique orné de Van Berendonk transformé en dinosaure vert.

Aujourd'hui, les pays de l'est, et même leurs mafieux, dit-on, raffolent de la mode pour hommes de Dirk Bikkembergs, des robes classieuses d'Ann Demeulemeester ou des modèles de Dries Van Noten qui vient de s'offrir une boutique à Paris.

Carthy Horyn, journaliste de mode au "New York Times", explique dans le livre édité à l'occasion de l'expo par Ludion : " Le secret des Belges est très simple. Ce sont des gens avec un fort sentiment d'identité et une attention au quotidien, des gens qui croient en eux-mêmes."

Guy Duplat

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