Arts et Expos

L’avantage des rétrospectives est de saisir l’œuvre d’un artiste en son entier et d’y déceler le fil rouge qui a traversé toutes les périodes. Chez Berthe Dubail, il est une prise de distance constante avec les apparences de la réalité pour gagner lentement un espace mental qui correspond sans doute au plus près de ses aspirations les plus intimes.

Peintre importante de l’abstraction belge, Berthe Dubail (Leval-Trahégnies, 1911 - Watermael-Boitsfort, 1984), fort appréciablement mise en valeur par cette exposition, a conquis lentement son passage à la non-figuration. Paysages urbains, portraits divers, nus féminins de plus en plus stylisés nourrissent les années cinquante jusqu’à ce qu’un premier dessin, noir de crayon et de Chine, ne retienne plus que deux formes circulaires imbriquées dans un quadrillage. Elle ne fera jamais marche arrière !

En abordant l’abstraction, elle fut une femme héritière de son époque, puisque cette mouvance régnait dans des expressions variant du construit au lyrisme le plus généreux. Elle associera d’abord les deux, donnant, dès le début 60, plus de liberté et d’ampleur à une gestuelle généreuse et spontanée. Ne pas manquer la petite gouache "Pour Nénette" en liminaire de l’expo !

Et pourtant, c’est lorsqu’elle revient à un peu plus de tempérance qu’elle trouve sa vraie personnalité. L’acrylique mélangé à du sable donne une matière légèrement granuleuse, à peine striée dans laquelle s’inscrivent sagement des formes dynamiques, mais stabilisées et où se love discrètement une tendre luminosité. Et la peinture, dès lors, a atteint et son bien être, et son apaisement, tout en subtilité.