La course contre la montre de l'Expo de Milan

Le grand mur blanc n'est terminé qu'à moitié, des dizaines d'ouvriers, tous italiens, travaillent sans arrêt; la tour au centre du pavillon, rappelle les beautés de Katmandou avant la tragédie du tremblement de terre. A l'exposition universelle de Milan, le pavillon du Népal est certainement le plus en retard.

Valérie Dupont
La course contre la montre de l'Expo de Milan
©AFP

Le grand mur blanc n'est terminé qu'à moitié, des dizaines d'ouvriers, tous italiens, travaillent sansarrêt; la tour au centre du pavillon, rappelle les beautés de Katmandou avant la tragédie dutremblement de terre. A l'exposition universelle de Milan, le pavillon du Népal est certainement leplus en retard. "Nos ouvriers népalais ont voulu rentrer après le tremblement de terre pour aiderleur famille, moi je suis resté mais je suis terriblement en colère" explique l'architecte du pavillon," la presse italienne raconte partout qu'il y a un bel élan de solidarité, et que les ouvriers desautres pavillons viennent pour nous aider, mais ce n'est absolument pas vrai, personne ne vientnous aider et nous n'en avons pas besoin. 
C'est une question d'honneur pour le pays, pour lesmilliers de morts, ce pavillon sera terminé dans les temps." Difficile à croire que le Népal ouvrirason pavillon vendredi matin vu l'avancement des travaux, mais cette légende de la solidarité sur lechantier de l'Expo fait partie de la grande opération de communication que les organisateurs, legouvernement italien en premier, ont mis sur pied. La réalité est moins rose, les équipes d'ouvriersqui travaillent d'arrache pied, nuit et jour, sur le site de l'Expo, n'ont pas le temps d'aider l'architectenépalais, trop occupés à tenter de finaliser leur propre chantier. 
"Certains pavillons ne serontvisibles que de l'extérieur vendredi, l'intérieur ne sera pas terminé" affirme cet ouvrier. Les neufmille personnes qui s'affairent sur le chantier ne sont pas responsables, cette ruche humainepermettra sans aucun doute aux premiers visiteurs d'avoir une première impression positive decet événement planétaire, mais pour les "habitués" de l'Expo, la mauvaise organisation italiennetape sur les nerfs. "C'est ma quatrième exposition universelle pour la Cambodge" s'énerve unfrançais, "et je n'ai jamais vu cela, nous avons des tas d'ennuis pour obtenir les accréditations pournos VIP, nous n'avons pas encore les lignes téléphoniques, les règles folles de la bureaucratieitalienne ralentissent tout le système." 
C'est ce que pense aussi Gianni Barbacetto, un journalistedu "Fatto quotidiano" un quotidien de gauche, qui vient de publier un livre sur les scandales liés àl'Expo. "La vérité est que pendant trois ans, lorsque la ville de Milan l'a emporté sur la Turquie, leshommes politiques italiens ne se sont occupés de rien, ils se sont tous disputés pour avoir lepouvoir de gérer l'événement et avoir le plus de visibilité possible" affirme le journaliste, "etpendant ce temps, pas un clou n'a été planté sur le site de l'Expo. Les pays n'ont pas pu avancerdans leur projet de pavillon et maintenant tout le monde doit courir pour terminer dans les temps.Sans compter les suppléments que factureront les entreprises, le pavillon italien coûte déjà trentepour-cents de plus que le budget prévu." 
Les salades du pavillon belge 
Sur le site du pavillon belge, l'architecte namurois Patrick Genard, s'arrache lui aussi les cheveux."Je pense que nous serons prêts, mais nous devrons travailler jusqu'à la dernière minute, et puis ilfaut encore nettoyer tout le pavillon" Un pavillon qui a bel allure, mais des dizaines d'hommess'activent encore sur ce qui sera la grande terrasse en bois de l'aire de repos. "Nous avons eu dela chance, l'Ukraine vu la situation politique n'a pas pu participer et nous avons récupéré le terrain,notre pavillon est très en vue et stratégiquement situé près de l'entrée principale" ajoutel'architecte. Dans les caves de cette structure en métal, verre et bois, Thierry Coche, le conseillerscientifique du pavillon belge s'active autour des salades. Son objectif est de faire pousser lessalades et autres plantes aromatiques sous les yeux des visiteurs qui pourront ensuite les mangerdans le restaurant à l'étage supérieur. "La Belgique veut montrer ce qui sera possible dans le futur,des plantations qui demandent moins d'espace, moins d'eau, et dont l'engrais provient de l'eau despoissons qui seront installés dans ces grands aquariums" explique-t-il. Trois cent poissons quin'arriveront que vendredi matin, en provenance de Liège, après avoir voyagé toute la nuit jusqueMilan. C'est véritablement une course contre la montre.

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