La femme qui se fait roi

Claude Lorent Publié le - Mis à jour le

Arts et Expos

Visuellement, le choc est garanti : apparemment, cette exposition n'a rien à voir avec l'art contemporain. Tout est emprunté à l'ancien, la forme et les sujets. La Rome antique, la Rome décadente. Des images que l'on croirait sorties d'un film de série B, mais traitées à la façon classique, voire maniériste de la fin du XVIII e -début du XIX e siècle. Ce n'est pourtant pas de la peinture mais de la photographie. Etrange et dérangeant.

Flash-back. Le contexte est indispensable. L'artiste, Eleanor Antin (1935), est américaine de New York, mais vivant depuis plus de trente ans sur la côte ouest, là où l'art se paie les plus audacieuses libertés, là où il est vraiment pionnier. Et elle le fut à travers son attitude, ses déguisements multiples, ses cartes postales, son sens du récit. Elle dessine superbement, avec aisance et légèreté dans le trait mais quel piquant et drôlerie dans le dire, The King en prend les fesses et la mort danse allégrement. Elle photographie, se fait photographier en cours de performance début des années septante quand elle se transforme elle-même en King d'une ville de Californie et va à la rencontre de ses sujets pour les mettre en garde face aux entrepreneurs destructeurs de la nature. Elle filme et n'arrête pas de se mettre en scène en des récits fictifs. Elle écrit et s'autoportraitise pour les besoins de la narration.

Le déclic : la mise en scène, le film et la narration. Et surtout, tout est allégorie. Alors, Rome n'est sans doute pas que Rome et ce qui paraît d'hier pourrait bien être d'aujourd'hui. D'autant plus que le détail anachronique se repère, que l'ambiance est contemporaine comme la technique, que la chronologie est multiple en une seule image, que la photographie s'impose et évacue le pictural apparent. Alors, la comédie est permanente et tragique, le classique devient baroque excessif, Fellini n'est pas loin, mais Visconti non plus face à la mer. Se pourrait-il que l'on se reconnaisse en ces télescopages, l'histoire aurait-elle si peu évolué ou se mord-elle la queue ?

Subsiste malgré tout une question face à ce type de travail : pourquoi emprunter la forme choisie, un vocabulaire plus actuel n'aurait-il pas tout autant convenu en jouant aussi des travestissements, de la narration, des symboliques ? La critique porterait-elle aussi sur un maniérisme artistique ambiant ? Peut-être serait-ce moins dérangeant ?

Claude Lorent

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