La folie singulière de Grünewald

GUY DUPLAT ENVOYÉ SPÉCIAL À KARLSRUHE Publié le - Mis à jour le

Arts visuels

A Karlsruhe, il ne faut pas manquer de visiter le ZKM, "Zentrum fur Kunst und Medientechnologie", un lieu unique en Europe, où se marient l'art et les nouvelles technologies, l'université et la pratique. Mais il faut maintenant y ajouter, jusqu'en mars, le second volet de la passionnante expo Grünewald (qui, en plus d'être peintre, était ingénieur hydraulique !). La Kunsthalle possède quatre tableaux de Grünewald et un magnifique dessin de Crucifixion. Ils sont au centre de cette riche expo avec de nombreuses autres oeuvres de Grünewald prêtées par les plus grands musées et d'autres tableaux et dessins des grands maîtres allemands de l'époque.

L'exposition confirme le talent singulier de Grünewald qui choisit des images très réalistes pour montrer la vie des saints et la souffrance du Christ qui entraîne la compassion. On admire d'abord les quatre grandes grisailles réalisées pour le retable Heller de Francfort réalisé pour le reste par Dürer (il semble que les deux artistes, exactement contemporains, mais au profil très différent, ne se soient pas connus directement). La grisaille, peinture monochrome pleine de subtilités, à la mode à l'époque, cherchait à imiter la sculpture. Mais Grünewald change tout et montre des personnages vivants comme cette sainte, les cheveux flottant au vent (voir l'illustration de la page précédente).

A Karlsruhe comme à Colmar, on peut admirer l'extraordinaire travail sur les drapés dont les mouvements expriment les sentiments de l'âme. Dans le grand retable de Tauberbischofsheimer, le vêtement déchiré du crucifié exprime aussi le drame qui se joue. Au revers, un "portement de croix" avec une "dérision du Christ" qu'il eut été bien de pouvoir comparer avec celle de la Pinacothèque de Munich malheureusement absente.

La nouveauté de Grünewald est liée à la révolution du début du XVIe siècle : les mentalités changent, la Contre-réforme s'annonce, l'homme devient le centre, le Christ est avant tout un homme souffrant. On innove sur le plan formel. Dans les dessins de Grünewald, les saints ont des têtes communes et des vêtements du XVIe siècle, la Croix est parfois montrée de l'arrière. L'artiste fait un gros plan du visage grimaçant de Marie Madeleine ou dessine des têtes en contre-plongée. Dans la "Déploration d'Affschenburg (où Grünewald résida longtemps), on constate le grand sens de la mise en scène qu'avait le peintre. Dans ce tableau, long et étroit (voir ci-dessus) le Christ est coupé par les bords et, au-dessus de sa tête, on ne voit que les mains serrées de la Vierge pour exprimer la douleur. Une découverte.

"Grünewald et son temps", à la Staatliche Kunsthalle de Karlsruhe, jusqu'au 2 mars, tous es jours de 10h à 18h. fermé le lundi.

© La Libre Belgique 2007
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