Arts et Expos A Bozar, gigantesque installation carnavalesque et sonore de l’artiste américain.

En 1974, dans le hall post-soixante-huitard du Palais des Beaux-Arts, l’Américain Charlemagne Palestine livrait un concert-performance d’anthologie. On n’en conserve que deux photos en noir et blanc ! Quarante-quatre ans plus tard il investit à nouveau des salles de l’institution et, planté entre deux pianos couverts de peluches multicolores, il donne une performance-concert dans une ambiance inoubliable. Son exposition à Bozar, débordante, festive comme un rassemblement d’animaux qui se seraient vautrés avec délectation dans les pots de peinture, restera aussi dans toutes les mémoires. Elle est à visiter, à vivre, impérativement, et en famille, avec les enfants ! Tout le monde sera ravi, conquis par un art contemporain qui ne se prend pas la tête mais se partage dans la joie. A la question du sens il répond "Je ne veux pas être un intellectuel à la Einstein". Pas étonnant, il agit, crée, dans l’énergie du moment, dans l’instinctif, dans l’expérience vécue continue.

Avant-gardisme des sixties

Enfant de Brooklyn (1947, vit à Bruxelles depuis 20 ans), passionné par le chant et la musique il devient le carillonneur d’une église de Manhattan et fréquente l’avant-garde poétique, musicale, artistique de l’époque, de Ginsberg à Dylan, de John cage à Phil Glass. A moins de vingt ans, il entre dans la légende new-yorkaise vivante, dans ce bouillonnement à la pointe de la nouveauté à laquelle il apporte sa propre musique qui se glisse dans le minimalisme ambiant par des sonorités vocales et musicales basées sur la continuité du son et la répétition, le tout dans la performance physique intense, jusqu’au bout du souffle. Deux vidéos, un peu plus tardives, de 1973, intègrent l’exposition et témoignent d’influences diverses dont des pratiques rituelles mélangées, issues, confirme-t-il, des pratiques indiennes américaines ou d’Inde, voire venues d’Afrique. Il prolonge les sons et insère une rythmique très physique.

Une fraternité festive

L’installation qu’il a réalisée à Bozar pour sa "Schmetrospective", terme inventé, est une gigantesque accumulation de peluches achetées ou fabriquées, mini ou monumentales. Une sorte de carnaval d’animaux (Saint-Saëns ?), de cirque en folie, de fête de partage sans distinction d’origine, de race, de sexe… Une invitation généreuse et fraternelle, un brassage qui défie toutes les nuances de l’arc-en-ciel, un "CharleWorld", comme il dit, et surtout un immense "gesamtkunstwerk", une œuvre totale qui résonne de couleurs et vibre de sons. Etoffes, verrières Horta colorées, animaux bariolés en goguette, nounours à foison, dessins musicaux (la continuité) sans notes, livres-sculptures, vidéos, poupées chamaniques, tout participe d’une magie fétichiste adorable. L’origine de cet univers ? Un geste affectueux qui répand ses ondes depuis près de 50 ans ! Un cadeau d’une amie en 1969 à L.A. Un Teddy Bear qui ne l’a jamais quitté, bien préservé, qui est là, en photo car fragile. Le début d’une gigantesque famille mondiale et unie. Un formidable rêve de fraternité humaine. Ah !, si l’art avait ce pouvoir !


-> Charlemagne Palestine, "Schmetrospective CharleWorld", Bozar, 23 rue Ravenstein, 1000 Bruxelles. Jusqu’au 26 août. Du mardi au dimanche de 10 h à 18 h, jeudi jusqu’à 21 h.

-> Le 25 mai, avec Nico Vascellari, performance musicale à Kanal en clôture du kunstenfestivaldes arts; le 31 mai conférence JAP; du 10 au 14 juin : films et courts-métrages. www.bozar.be