Arts et Expos

L'avocat Mario Spandre a lu attentivement notre dossier de samedi dernier, consacré - entre autres - aux musées du Congo. Ou du moins à ce qu'il en reste. Dans une lettre fort documentée, il rappelle la longue histoire des musées congolais, histoire utile, précise-t-il, en ces temps où l'administration belge du Congo subit des attaques dont la plupart sont injustifiées. A Leopoldville, écrit-il, il existait un musée qui, avec ses réserves, contenait des dizaines de milliers de pièces qui n'étaient pas entreposées dans des hangars mais bien dans un bâtiment bien adapté, même si un peu vétuste. Il était ouvert tous les jours de la semaine comme, n'importe quel musée en Europe. Ces collections avaient été amassées par différents conservateurs et notamment par celui qui a structuré l'institution, M. Vandenbossche. Il existait également un musée à Elisabethville qui n'était pas abrité dans un bâtiment vétuste mais bien dans un musée flambant neuf en 1960 qui était l'oeuvre de l'architecte Claude Strebelle qui a assuré par la suite, l'implantation de l'Université de Liège au Sart Tilman, continue-t-il. Ce musée avait été fondé par le docteur Cabu et classé, ordonné et catalogué par le docteur Burkhart Waldecker, anthropologue de l'université de Berlin qui a résidé de très nombreuses années à Elisabethville.

Ce musée a été complètement pillé, raconte Mario Spandre, par le bataillon suédois lors de l'occupation du Katanga par les troupes de l'Onu en 1961-62. Le bâtiment est toujours là et pourrait être réutilisé si l'assistance technique belge consentait à libérer les quelques fonds nécessaires à sa remise en état, par exemple dans le cadre d'Africalia. En l'espace de quelques mois, une partie des collections actuellement entreposées dans les hangars à Kinshasa pourrait y être exposée et conservée.

L'ancien musée de Léopoldville-Kinshasa a aussi été détruit après l'indépendance mais dans d'autres circonstances que celui d'Elisabethville. Ses collections ont été achetées à vil prix par un commerçant non congolais de Kinshasa et revendues sur la place de New York, notamment, avec des profits faramineux. C'est lorsque le président Mobutu s'est rendu compte que ces statuettes et autres objets avaient rapporté un véritable pactole à celui qui se les était appropriées qu'il commença, au nom de l'authenticité, à réclamer le retour des pièces qui se trouvent au musée de Tervuren et a ordonné que l'on vide tous les villages du Congo des oeuvres d'art qu'ils pouvaient encore receler. Comme les divers gouvernements belges qui se sont succédé se rendaient compte que si les collections étaient transférées au Congo, elles seraient, au mieux, entreposées négligemment à Kinshasa et, au pire, revendues sur des places internationales au profit des barons du régime ou du chef de l'Etat lui-même, la solution fut trouvée de la constitution du Trésor National Congolais, conclut l'avocat, en apportant sa pierre à la triste saga des musées congolais.

© La Libre Belgique 2000