Arts et Expos

Superbe exposition William Kentridge à l’hôpital Saint-Jean de Bruges. Beauté et émotion.

Le musée de l’hôpital Saint-Jean, à Bruges est un hôpital fondé au XIe siècle où on peut admirer les plus beaux Memling. Jusqu’à fin février, on a une occasion de le revoir avec la très belle exposition William Kentridge.

De la salle des Memling, on entend une musique de fanfare et des chants africains sublimes. En montant à l’étage, on tombe sur une salle saisissante: près de 50 m de long, surplombée d’une charpente de bois séculaire. Et sur tout le mur, une suite d’écrans géants avec le film d’une procession, une re-création africaine des chants et danses macabres du Moyen Age. William Kentridge, à son habitude, a assemblé des dessins au fusain, des paysages, et des personnages bien réels incrustés image par image, dansant et portant des portraits de révolutionnaires morts. C’est une lente procession qu’on ne se lasse pas de regarder. Même si cette installation monumentale « More Sweetly Play the Dance » date de 2015 et fut montrée à Salzbourg et Amsterdam, on a le sentiment qu’elle était faite pour ce lieu. Rarement, l’intégration d’un artiste contemporain à un musée d’art ancien a été aussi parfaite. Cette oeuvre aborde les questions de la guérison, de la mort, de la fragilité humaine, de la danse comme rédemption possible.

© Studio Hans Wilschut

Broodthaers en guest star

Dans la salle suivante, Kentridge a accroché quinze grandes tapisseries (hommage aussi au passé belge de cet art) avec des cartes de pays du monde sur lesquelles il a fait broder des silhouettes africaines portant sur leurs dos tout leur univers, éternels migrants de l’Afrique.

Il ne faut pas rater les deux oeuvres que Kentridge a placé dans l’ancienne pharmacie, un lieu unique resté « dans son jus ». L’une d’elles est comme un autel où l’on voit un film d’animation réalisé à Rome avec une femme rêvant et des associations libres freudiennes sous une musique de Monteverdi que Kentridge adore.

Tout le début de l’exposition « Smoke, Ashes, Fable », se déroule au rez-de-chaussée à côté des primitifs flamands. On y retrouve des pièces historiques de Kentridge: films d’animation, assemblages divers comme des bricolages, dessins, pièces plus politiques évoquant Lumumba, les mort d’Aldo Moro et Pasolini.

William Kentridge a tenu à associer à son exposition Marcel Broodthaers, poète et artiste comme lui. Il l’admire, expliquant avoir découvert chez lui la possibilité de films non narratifs, faits de fragments. On retrouve à Bruges, à côté des oeuvres du Sud-Africaln, celles de Broodthars devenu « la » vedette de cet automne, présent à l’expo Magritte de Bruxelles comme à la Biennale d’art contemporain de Lyon.

Si poétique, si politique

En 40 ans, William Kentridge a créé une œuvre vaste et multidisciplinaire, un mélange rare et fructueux des genres, une fertilisation croisée des disciplines : théâtre et opéra (on se souvient de sa Flûte enchantée à la Monnaie), sculpture, marionnettes, dessins, cinéma d’animation (des films bouleversants, crayonnés au charbon de bois, sur les drames de l’Afrique du Sud). Le dessin étant le centre de tout, sa marque de fabrique, sa manière de regarder le monde. Il est devenu un habitué des plus grands festivals, de la Documenta de Kassel ou des Biennales de Venise comme des Festivals d’Avignon et d’Aix-en-Provence.

L’art de Kentridge mêle le poétique et le politique, l’Afrique et l’Europe. On est souvent subjugué, amusé ou charmé par ses films d’animation figuratifs et expressionnistes à la manière des Allemands d’avant-guerre, mais en même temps, ces films parlent de notre monde et de ces drames anciens et d’aujourd’hui.

Juif, blanc, fils d’un avocat de Johannesbourg spécialisé dans la défense des victimes de l’apartheid, né dans cette ville en 1955, Kentridge est un personnage atypique. Il a suivi des cours de sciences politiques et de théâtre, avant d’opter pour le dessin. Ses premières œuvres étaient marquées par son combat contre l’apartheid. Une préoccupation politique qu’il n’a jamais abandonnée.

« Smoke, Ashes, Fable », William Kentridge, Sint-Janshospital, Mariastraat 38, Bruges. Jusqu’au 25 février. Fermé le lundi. Très beau catalogue au Fonds Mercator.