Arts et Expos

Nouveau haut lieu de l’art actuel, la Fondation Prada à Milan, inaugure une tour de 9 étages du Hollandais.

Milan s’est résolument placée sur la carte de l’art contemporain grâce au privé. Il y avait déjà, depuis 2004, Hangar Bicocca, géré par Pirelli, qui propose de très belles expos. Mais surtout, l’ouverture en mai 2015 de la Fondazione Prada sur 19 000 m² dans une ancienne distillerie, a changé la donne. Depuis, le lieu ne désemplit pas.

Et mercredi soir, ce fut l’ouverture de la seconde phase du lieu: une formidable « tour » de l’architecte hollandais Rem Koolhaas. Soixante mètres de haut, sur neuf étages, dont six pour les expositions avec des hauteurs de plafond passant de 2,7 m à l’étage le plus bas à 8 m de haut à l’étage supérieur.

La géométrie de cette tour est très particulière et voulue pour avoir la meilleure lumière. A chaque étage, la moitié de la surface est un plancher rectangulaire, l’autre est trapézoïdale pour venir chercher la lumière naturelle. A l’étage supérieur, la lumière est zénithale.

Rem Koolhaas explique: « Ces variations de hauteurs et de surfaces produisent une diversité possible et radicale dans un volume simple afin de permettre une variation infinie des confrontations possibles entre oeuvres et de espaces. »

Mercredi soir, tous ceux qui sont dans le Gotha de l’art contemporain mondial étaient à Milan à l’invitation de Miuccia Prada dont d’innombrables artistes comme et Fischli, Damien Hirst, Maurizio Cattelan, Luc Tuymans, Carsten Höller, Elmgreen et Dragset, etc. La « tour » sera ouverte au public à partir du 20 avril.

L’exposition initiale, intitulée « Atlas », est un dialogue entre Miuccia Prada et l’historien de l’art Germano Celant avec des oeuvres entre autres, de Mona Hatoum, Koons, Kienholtz, Baldessari, Höller, etc.


Dix bâtiments pour une expérience

La Fondation Prada, dirigée par Miuccia Prada et Patrizio Bertelli, est un nouvel exemple (après la Fondation Vuitton par exemple) de l’intérêt que portent les firmes de luxe à l’art actuel. Elle a été créée en 1995 et avait déjà exposé à Milan, des artistes comme Anish Kapoor, Carsten Höller ou Tom Sachs.

En 2011, elle était passée à la vitesse supérieure en ouvrant un centre d’exposition dans le beau Palazzo Ca’Corner della Regina, à côté du musée d’art moderne de Venise, le Ca’Pesaro, sur le Grand Canal. Un palais aux murs et plafonds couverts de fresques et d’or.

Elle y a présenté déjà des passionnantes et innovantes expositions. En 2013, dans ce palais réaménagé pour l’occasion par Rem Koolhaas déjà, la Fondation avait reconstitué à l’identique l’exposition la plus mythique de ces dernières décennies : "Quand les attitudes deviennent forme" ("When Attitudes Become Form") montée par Harald Szeemann (1933-2005) à la "Kunsthalle" de Berne en 1969.

Le nouvel espace milanais vient en plus de ce palais vénitien. Déjà à l’ouverture en 2015, Ce qui frappait d’emblée c’était l’architecture de Rem Koolhaas. La Fondation s’était s’installée dans une ancienne distillerie de 1910, au Largo Isarco, au sud de Milan. Les anciens bâtiments d’origine (bureaux, labos, entrepôts) ont conservés par Rem Koolhaas qui y ajouté une tour et un cinéma-auditorium.

C’était dix bâtiments, réaménagés ou totalement neufs, une surface utile de 19 000 m2 dont 11 000 m2 pour les expos diverses et une création tous azimuts. Une petite "tour" avait déjà été totalement recouverte à la feuille d’or. Le "Podium" où se tenaient jusqu’ici les grandes expos temporaires est entièrement recouvert d’aluminium traité comme une mousse métallique.

Escaliers, fenêtres, revêtements internes : tout est finement pensé par l’architecte hollandais qui a donc achevé maintenant le travail sur le site avec cette tour de neuf étages qui apparaît comme tenue par un énorme contrefort en biais. De là-haut, sur la terrasse panoramique, comme de tous les étages de la tour, la vue est unique.

La « Fondazione » est une expérience à vivre avec un restaurant aménagé par le réalisateur Wes Anderson, un cinéma audacieux, et des œuvres pérennes sur le site avec deux grands Louise Bourgeois, de nombreux Robert Gober et une cave envahie par la grotte artificielle de Thomas Demand.

On peut aussi y découvrir une partie de l’énorme collection de Miuccia Prada, l’omnipuissante présidente du groupe et passionnée d’art contemporain. Dans trois pièces cubiques en béton, un « triptyque » dont le cabinet médical transformé en aquarium par Damien Hirst avec de vrais poissons. Dans l’aile "sud", des salles de taille croissante défilent avec Donald Judd, Barnett Newman, Luc Tuymans etc., jusqu’à l’apothéose des figures géantes de John Baldessari reprises de Giacometti et qui semblent défiler pour nous.