Arts et Expos Envoyé spécial à Paris

Le Musée des civilisations non-européennes du Quai Branly nous offre ici l'une de ses plus remarquables expositions de la première année, sinon la plus étonnante. Certes, les arts d'Océanie nous sont-ils plus ou moins connus et, s'ils se distinguent par maints côtés des arts du continent noir d'Afrique, leurs similitudes les plus profondes ont-elles surtout trait à leur identité même : ce sont essentiellement, les uns et les autres, des arts cultuels. Leur beauté authentifiée par un regard européen n'est que la cerise sur le gâteau dédiée de manière tout à fait subalterne, par un sculpteur avant tout soucieux d'agréer ses dieux, aux amoureux d'esthétique, ces représentants de sociétés aux valeurs plus disparates. Autre curiosité : si les rites qui ont présidé à la confection des objets se sont parfois perdus dans les soubresauts de l'histoire, ces arts-là ont, semble-t-il, été connus des Européens plus tôt que les arts nègres. Privilège supplémentaire : les arts de la Nouvelle-Irlande s'affirment, à coup sûr, au sommet de la création océanienne. Moins caricaturaux que d'autres, ceux de la Nouvelle-Guinée voisine notamment, ils dégagent des forces invisibles et des audaces qui laissent interdit le visiteur pourtant habitué à ces expressions d'ailleurs. Pas de doute, cette exposition nous a subjugué par l'étonnante variété de masques s'y profilant dans une suite confondante de bouilles et de physionomies riches en redoutables regards des fonds de l'être. Tous témoins de magies.

Ethnographie et esthétique

Menée en équipe par Michael Gunn et Philippe Peltier, commissaires du projet et auteurs de l'admirable catalogue qui l'accompagne, coédité par le Quai Branly et 5 Continents (340 pages, 200 illustrations couleurs, 45 euros), l'exposition déroule ses fastes et ses surprises sur un large espace du rez-de-chaussée. Et si l'on s'y sent en pays de découvertes, l'on s'y sent aussi hôte privilégié de coutumes d'autant plus vivantes qu'elles perdurent en certains coins de cette île du Pacifique sud. Des films proposés en cours de visite sont éloquents. Comme le sont les 131 objets si bien disposés qu'il est loisible à chacun de se les approprier d'un regard nullement troublé par la pièce suivante.

Ce confort esthétique n'entrave nullement, par ailleurs, une approche ritualisée des contextes, du Nord au Sud de la Nouvelle-Irlande, grâce au chemin géographique qui accompagne la présentation des différents styles de l'île. Des panneaux didactiques utiles nous emmènent au coeur du quotidien des populations visitées. Ce qui, bien évidemment, conforte l'impact dégagé par les pièces elles-mêmes.

Colonie allemande de 1884 à 1914, la Nouvelle-Irlande attira l'attention dès le milieu du XIXe siècle, époque d'une création rituelle intense. Les objets réunis, en provenance de grands musées internationaux, principalement allemands (Berlin, Dresde, Stuttgart), dégagent quasi tous des trésors d'inventivité formelle. Plus sûrement aussi que la majorité des arts premiers (terme certes approximatif), ils sont surprenants par le recours constant des artistes océaniens aux matériaux naturels. Bois, coquillages, défenses animales, chaux, pigments, écorce, rotin, fibres...

Un art vivant

La première pièce offerte à nos regards laisse déjà pantois d'admiration. Ce pectoral masculin, acquis avant 1910, représente un visage assez déroutant avec ses deux yeux en coquillage, qu'entourent des dents de cochon. Rituels funéraires, rôle de l'homme et de la femme, symboles du pouvoir, organisation sociale, sociétés secrètes Tubuan, masques, portraits d'ancêtres, figures Ulli, rituels Malagan, initiation, voix des morts... C'est tout un monde qui s'ouvre à nous avec ses diversités ethniques et coutumières, avec ses objets bénis des dieux et ses danses, ses trésors. Il faut voir de près la subtilité des détails enclos en ces figures anthropomorphes ou zoomorphes, de ces coiffes, ces structures tressées, ces masques qui vous dévisagent à leur tour. Et comment ne pas s'arroger, pour sa contemporanéité, cette sculpture Malagan de type Vavara, toute en abstraction, récoltée en 1908. En palmes, feuilles, fibres, pigments naturels, plumes de poulets et chaux, elle était utilisée pour commémorer la mort des femmes. Soleil ou couronne.

Musée du Quai Branly, 37 Quai Branly, Paris 7e. Jusqu'au 8 juillet, mardi à dim., 10 à 18h30; jeudi, 10 à 21h30. Infos : 00.33.1.56.61.70.00 et Web www.quaibranly.fr

En 1h25 avec Thalys : 070.66.77.88 et Web www.thalys.com