Arts et Expos

Plusieurs galeries successives à Bruxelles et même à Knokke, plus de 35 ans d’activité en tant que galeriste, cheville dynamique de la foire de Bruxelles, la passion de l’art contemporain, on ne présente plus Albert Baronian (Voir Arts Libre 19.06.09), tête de pont de l’avant-garde artistique internationale.

L’exposition qui célèbre cet anniversaire lui ressemble par les choix, par la fidélité dont elle témoigne aux artistes, par l’aspect prospectif, par la diversité, par l’enthousiasme qu’elle reflète. N’étant ni une rétrospective, ni un bilan, elle est avant tout bien vivante, titillant les souvenirs pour les uns, suite de découvertes pour d’autres plus jeunes et comme toujours à la pointe de la création actuelle puisque la majorité des pièces exposées sont inédites à Bruxelles.

Reflet de l’activité de la galerie, elle prend aussi en compte l’association Baronian-Francey puisque depuis quelques années chacun apporte sa vision et ses compétences dans une ouverture d’esprit qui saute aux yeux grâce à l’éclectisme de qualité qui préside à cet ensemble où la pièce majeure, le Mario Merz de 1961, donne à la fois le niveau et le ton. Sans compter l’assurance d’un choix qui n’a rien perdu de sa pertinence. Tout l’Arte Povera s’y retrouve à travers les matériaux pauvres et la symbolique de la construction ouverte. Habilement, la présence d’oeuvres récentes de Guilio Paolini et de la Stella Rossa de Gilberto Zorio, une étoile clignotante de lumières rouges comme un appel au fond de l’espace d’exposition, rappelle la persistance de premier plan des acteurs de ce mouvement italien. Autres balises de marque de cette exposition, les œuvres de Claude Viallat, deux peintures qui se font face, placées en hauteur, l’une libre, blanche avec quelques traces rouges, l’autre plus régulière et colorée. Récentes, elles en appellent cependant aux années septante de Support/Surface, le mouvement français qui interrogea expérimentalement la peinture jusqu’à la décortiquer. Là aussi les peintures actuelles d’un autre adepte du courant, Daniel Dezeuze, basées sur la trame et misant sur les sensibilités chromatiques, montrent, par le caractère ludique et léger, que l’artiste n’a pas perdu son audace.

La majeure partie de l’exposition est consacrée aux artistes d’aujourd’hui dans un parcours qui, selon le galeriste, "va dans tous les sens" parce que la création est plus variée que jamais et parce que le galeriste ne s’est jamais enfermé dans un créneau. La passion ne permet pas ce genre de restriction. La sculpture architecturale de Xavier Mary annonce une expo de la prochaine saison en galerie et signifie l’accueil d’un nouveau jeune artiste belge. Ceux-ci ne manquent d’ailleurs pas. Les Michel Frère réaniment la mémoire, les séries narratives de Robert Devriendt, les impressions de Benoît Plateus, les photographies de Marc Trivier, tous travaux auxquels on associera la vidéo projection de Marie José Burki, les deux pièces très fines de Lionel Estève et les peintures emblématiques de Xavier Noiret-Thomé, sont là pour en témoigner.

Dans sa perspective internationale, Albert Baronian continue à défendre régulièrement des artistes étrangers. Ainsi, avant la vague submergeante, il a repéré le Chinois Wang Du et son travail sur l’information, le peintre coréen aux images construites Changha Hwang, et il a décelé toute l’originalité des projections de l’Ecossais Charles Sandison. En Allemagne, son choix s’est porté sur Thomas Zipp et Florian Maier-Aichen, en France, sur les peintures d’Alain Séchas, les photos engagées de Serralongue, les aquarelles de Salomone, aux Etats-Unis, sur Ry Rocklen De quoi parcourir un panorama personnel et éclairé de l’art actuel !

Nothing is permanent. Albert Baronian. Profession : galeriste. La Centrale électrique, place Ste-Catherine, 44, 1000 Bruxelles. Jusqu’au 27 septembre. Du me au di de 10 h 30 à 18 h. Excellent catalogue qui brosse sans langue de bois toute l’aventure du galeriste.