Arts et Expos

Depuis qu’il se consacre pleinement à la peinture dans le sillage très conscient d’une abstraction américaine qui l’a fortement marqué et avec laquelle il s’est colleté non sans des accents expressionnistes d’une teneur plus typiquement européenne voire même bien de chez nous, Yves Zurstrassen a été tenté par le grand format et a posé son chevalet sous des lumières différentes. Ce qui explique sans doute en partie que chez lui la gestuelle est généreuse, la monumentalité se déploie et les contrastes peuvent être violents, aussi qu’il est attiré par le noir et blanc autant que par la toute puissance et la vivacité des couleurs les plus fortes.

Depuis les années quatre-vingt, il a séjourné très régulièrement dans le Sud de l’Espagne, isolé dans les collines, sous un ciel bleu et une lumière ardente. Il y a pris toute la dimension de la nature et une certaine ferveur qui habite tout son art. Il s’est mesuré à l’espace jusqu’à la notion cosmique que l’on retrouve bien plus tard en une magnifique série de toiles panoramiques en noir et blanc, il y a trouvé une ardeur, une respiration ample, un enthousiasme pictural tel qu’on en rencontre rarement. Il y a conquis sa mesure qui s’épanouit aussi en de multiples petits formats dans lesquels la grandeur n’est pas une question de taille.

Le printemps 2011 est une période faste pour cet artiste puisqu’il compte en ce moment, outre une présence dans l’expo de la collection de l’Ikob, quatre expositions conjointes en Espagne, ce pays où il a souvent usé ses pinceaux. "Les Espagnols n’ont pas peur de la peinture", dit-il, ils l’apprécient, la reçoivent avec énormément de chaleur. Chez eux, la place existe pour la diversité, on n’est pas cantonné par les phénomènes de la mode qui, chez nous, occultent trop souvent le reste." Au départ, invité par la Fondation Antonio Perez de Cuenca, Yves Zurstrassen avait pensé à ne montrer que les peintures récentes en noir et blanc, dans une intention de puissance et de sobriété, mais lorsque les Espagnols ont découvert son atelier, ils furent si emballés qu’ils proposèrent d’emblée de monter une rétrospective. "Etre invité et reconnu de la sorte, c’est très réconfortant, car il n’y a pas de calcul ou de stratégie, c’est le travail qui parle de lui-même et de telles expositions font exister la peinture en dehors de l’atelier et hors de la Belgique." C’est ainsi que dans les deux lieux de Cuenca et dans le musée de San Clemente plus de soixante œuvres retracent le parcours de 1990 à aujourd’hui, l’accent se portant malgré tout sur les peintures les plus récentes.

L’exposition s’accompagne d’une publication dans laquelle les textes sont signés par Jorge Virgili, un très important collectionneur cubain de niveau international, par Juan Manuel Bonet, ex-directeur du musée Reina Sofia de Madrid et, pour la Belgique, par l’écrivain Eddy Devolder. Pas étonnant que la presse et la télévision se soient emparés de l’événement, célébrant l’artiste comme l’un des plus importants de Belgique !

Cette reconnaissance qui vient bien à point, car la peinture de Yves Zurstrassen vit en ses meilleures heures, se double de deux expositions en galeries. L’une à Madrid, chez Guillermo de Osma (expose J. M. Iglesias, Torres-Garcia ) qui avait déjà consacré un solo show à l’artiste à la Fiac en 2000, l’autre en la galerie Carreras Mugica (expose K. Dedobbeleer, R. Serra, J. Stockholder ) à Bilbao. Reconnu et apprécié en Belgique ainsi qu’à l’étranger, Yves Zurstrassen se voit ici littéralement célébré et prophète hors les murs !

Exposition rétrospective à la Fondation Antonio Perez et au musée à Cuenca, ainsi qu’au musée de San Clemente (Espagne). Jusqu’au 31 mai. Catalogue.

Exposition d’œuvres récentes, Galerie Guillermo de Osma, Madrid. Jusqu’au 3 juin. Catalogue.

Exposition d’œuvres récentes, Galerie Carreras Mugica, Bilbao. Du 10 juin au 29 juillet.