Arts et Expos

Fernand de Visscher (1885-1964), alors professeur de droit romain à l'université de Louvain (et personnalité importante à "La Libre Belgique", son épouse étant de la famille Jourdain, fondatrice du journal), assumait au lendemain de la guerre, la direction de l'Academia Belgica à Rome. Il souhaitait obtenir pour la Belgique un site de fouilles archéologiques comme en avaient obtenu les autres écoles étrangères à Rome. Il fit équipe avec son collègue, professeur d'archéologie à Louvain, le professeur Franz De Ruyt (1907-1992) dont le fils est précisément aujourd'hui l'ambassadeur belge à Rome ! On leur proposa de fouiller le site d'Alba Fucens dans les Abruzzes, à une centaine de kilomètres à l'est de Rome. Fernand de Visscher en parle en termes lyriques : "Un cirque de montagnes aux lignes précises et harmonieuses enferme la plaine comme une gigantesque arène, donnant l'impression très vive d'un monde à part". "Sur le seuil de notre pauvre demeure paysanne, poursuit-il, nous voyons alors les formes blanches des ruines se perdre peu à peu dans la nuit, que vont zébrer tout à l'heure les traits de feu des lucioles."

Les Belges fouilleront l'ancienne cité pendant 30 ans, de 1949 à 1979, dans des conditions sommaires. Les archéologues avaient tous des charges d'enseignement et venaient fouiller pendant les vacances, souvent avec leurs familles.

Superbe Vénus

On a retrouvé sur le site les restes du forum, un amphithéâtre, le temple d'Hercule, le marché et les thermes, des voies dallées, les restes d'une basilique, de riches maisons, des boutiques, etc. Les fouilles furent arrêtées en 1979 mais elles viennent précisément de reprendre dans la zone sud du site avec l'aide des équipes du musée du Cinquantenaire.

Bien entendu, on retrouva aussi des objets qui furent exposés dès 1950 dans une exposition qui fit grand bruit, au Palais des Beaux-Arts. On les retrouve aujourd'hui au Cinquantenaire. Une belle tête de Sylla, une Vénus de marbre que Fernand de Visscher adorait et dont il fit des copies de plâtre pour ses amis, des torses de marbre, des statues de bronze, des dignitaires en toge. Mais aussi de nombreux objets de la vie quotidienne : flacons à parfum en verre et argile, poteries, objets de toilette en os et bronze, etc. De quoi imaginer la vie quotidienne à cette époque, dans ce coin de montagne.

L'exposition au Cinquantenaire permet de retrouver ces objets et de les situer dans le contexte de l'époque avec de grandes photos anciennes. Une expo souvenir, plus émouvante et scientifique que vraiment grand public. Il y a peu d'objets spectaculaires et les explications sont souvent en italien puisque l'exposition a d'abord été conçue pour l'Académia Belgica à Rome, avant de venir à Bruxelles, agrandie et remaniée.

"La petite Rome des Abruzzes, 50 années de recherches belgo-italiennes à Alba Fucens" au Cinquantenaire, jusqu'au 4 mars. Tous les jours sauf lundi.

© La Libre Belgique 2006