Arts et Expos Pour son dixième anniversaire "La Centrale" se connecte à l’homme de demain.

Les expositions thématiques ont en commun de porter une réflexion à travers des réalisations plasticiennes pour élargir les interrogations, faute souvent d’y trouver des réponses. S’intéressant au monde hyperconnecté qu’est le nôtre, l’exposition "Connected" plonge au cœur d’une problématique qui inclut les développements technologiques, le numérique en tête. Actualisé avec pertinence, le propos risque bien d’être récurrent. En 1992, à la FAE à Lausanne Jeffrey Deitch, dans une expo de référence, posait déjà la question du post-human à l’heure de l’homme technologique. En 2001, Paul Ardenne réamorçait le sujet dans son essai. Dans l’expo de la Centrale, l’interrogation porte sur la situation de l’humain, physiquement et psychologiquement, dans un environnement mondialisé, connecté à la seconde où l’imaginaire, le virtuel et le réel se confondent, où la robotique et l’interactivité supplantent de plus en plus les contacts.

Potentiel technologique

De tout temps, les artistes se sont emparés des outils de leur époque dans des intentions créatives, imaginatives, critiques, analytiques. La BD et le cinéma ont devancé les arts plastiques dans l’immersion d’un monde futur imaginaire et hi-tech même si le numérique a largement fait son entrée dans la sphère plasticienne, multipliant les œuvres interactives et créant un nouveau langage dont les expos au Fresnoy trônent au sommet de la pyramide.

La difficulté à résoudre pour de nombreux plasticiens est la maîtrise de cette technologie et la connaissance suffisante de son potentiel. L’aide scientifique d’ingénieurs leur est souvent indispensable ! C’est dans ce contexte que prend pied l’expo "Connected" qui fait appel à deux pionniers. D’une part Nam June Paik qui a compris l’importance des enjeux dès la fin des années cinquante, d’autre part, Orlan mettant sa propre personne en jeu dans un art corporel fixé sur les mutations et les interventions médicales. On y joindra William Burroughs incorporant la vision de l’homme-machine de Offray, ainsi que Brion Gysin obnubilé par les divagations hallucinatoires du cerveau humain.

Le corps mécanisé

Dans un spectre très large, une vingtaine d’autres plasticiens s’interrogent entre adhésion et inquiétude, sur le rôle, le devenir de l’humain dans les réseaux des connexions. On y croise avec intérêt, mais sans surprise, le Kafka de "La Métamorphose" transposé par l’excellente vidéaste Alex Verhaest; la reconstitution d’un espace de vie psychiatrique par Thomas Zipp, œuvre montrée à la Biennale de Venise en 2013; les planches des "Cloaca" de Wim Delvoye, machine remplaçant le système digestif humain, les schémas corporels de Fritz Kahn, les humains connectés de Stelarc… Des œuvres pertinentes qui, si elles sont visionnaires, balancent entre perspectives encourageantes et doutes sur le devenir humain.

--> La Centrale, 44, place Sainte-Catherine, Bruxelles. Jusqu’au 28 août, du mer. au dim. de 10h30 à 18h. Rens. : www.centrale.brussels