Arts et Expos

L’événement excite bien au-delà des milieux de l’art car il évoque un thriller où il est question de Leonard, du roi d’Angleterre, d’acheteurs au nez fin, d’un oligarque russe floué et d’une marchand aux marges indélicates.

Un tableau du peintre le plus mythique qui soit sera donc mis en vente mercredi soir chez Christie’s à NewYork au prix de départ de 100 millions de dollars. « Salvator Mundi », réalisé sur un panneau de noyer de 65 sur 45 cm est le seul des quinze tableaux du peintre à être encore en mains privées.

On y voit le Christ-Roi en « Sauveur du monde », bénissant de la main droite et tenant dans la gauche un globe de cristal. Il a l’air un peu hippie. Le tableau est fort abîmé par le temps, seule la main droite est bien conservée. On le vérifiait en 2011 à la grande expo Vinci à la National Gallery quand ce tableau qui venait d’être attribué au peintre fut révélé au public. Il détonnait un peu à côté des autres. Un expert disait samedi, dans « Le Monde »: « A ce prix-là, on préférerait quand même avoir les deux mains ».

Mais avoir un Vinci est « le trophée absolu » et l’acheter est sans doute une folie tentante pour quelques superriches à qui Christie’s a montré le tableau dans une tournée mondiale. Il sera en vente à côté d’autres oeuvres iconiques comme un grand Warhol « Sixty Last Suppers » estimé à 50 millions de dollars.

L’oligarque entre en scène

« Salvator Mundi » peint au début du XVIe siècle, donna lieu à de nombreuses copies de suiveurs. L’oeuvre fut enregistrée dans la collection du roi d’Angleterre Charles Ier. On le retrouva mis aux enchères en 1763 par un fils illégitime du duc de Buckingham. On perdit alors sa trace pendant 137 ans et il réapparut en 1900 acheté par un homme d’affaires anglais Francis Cook. Mais, fortement abîmé, avec de nombreux surpeints, il est alors considéré comme l’oeuvre d’un disciple de Léonard. En 1958 lorsque la collection Cook est vendue, il est d’ailleurs cédé pour à peine 45 livres sterling.

Mais en 2005, il réapparait dans une vente américaine où un trio d’acteurs au nez fin le fait nettoyer de tous ces vernis et retouches malheureuses qui l’ont abîmé, et, dessous, on découvre dans ce « Salvator Mundi », la main de Vinci et le tableau, qui lui est attribué en 2011, est intronisé au saint de saint en étant exposé à la National Gallery de Londres.

Le trio américain décidait alors de sa vente et en demandait 200 millions de dollars. C’est l’oligarque russe, Dmitry Rybolovlev, qui fit fortune dans les mines de potasse, qui l’acheta discrètement pour 127,5 millions de dollars en mai 2013. Installé à Monaco, président de l’AS Monaco, c’est lui qui a vendu au PSG le prodige du foot français Kylian Mbappé pour 180 millions d’euros.

Mais problème: Dmitry Rybolovlev est passé par l’entremise du marchand genevois Yves Bouvier qui gère la plupart des ports francs dans le monde. Celui-ci devait l’aider à constituer une collection d’art pour deux milliards de dollars. Mais il a découvert ensuite les marges énormes que faisait Bouvier. Celui-ci avait acheté au préalable le Salvator Mundi pour 83 millions et l’avait revendu trois jours plus tard à l’oligarque avec une marge de 44 millions de dollars.

Une bataille juridique oppose aujourd’hui les deux hommes et la vente à perte, du Vinci pourrait servir à l’oligarque à démontrer le préjudice qu’il a subi à cause des énormes plus-values que faisait le marchand.

Ironie: avant d’acheter le Vinci, Bouvier avait écrit à l’oligarque: « Celui qui paiera trop cher ce tableau que personne ne veut, sera considéré comme un pigeon et sera la risée du marché de l’art et perdra sa crédibilité ».