Arts et Expos

La « vente du siècle », durant trois jours, avec les Picasso, Monet, Matisse, pour des oeuvres de charité.

Jeudi soir, chez Christies à New York, dans le Rockefeller Center, s’est clôturé la « vente du siècle » de la collection de Peggy et David Rockefeller avec encore 63 millions de dollars. Venant après les 660 millions de dollars du premier soir (l’art européen), et les 106,8 millions de mercredi (art américain), cela porte le total à 828 millions pulvérisant le record d’une vente d’une collection privée qui était jusqu’ici les 484 millions de dollars de la vente de la collection Yves Saint Laurent-Pierre Bergé en 2009.

Rappelons que cette somme gigantesque est offerte par le milliardaire à une dizaine d’institutions charitables, musées et universités. David Rockefeller, grand philanthrope mort en 2017 à 101 ans, avait déjà donné de son vivant deux milliards de dollars à des « oeuvres». Chaque membre de sa famille a pu, avant la vente, choisir un objet de sa collection (d’une valeur maximale d’un million de dollars).

Mercredi soir, la vente avait continué avec l’art américain (De Kooning, Rivera, etc.) ajoutant 106,5 millions de dollars supplémentaires et encore 12,5 millions pour la vente des céramiques européennes.

S’il y a plus de 1500 lots et 5000 objets à vendre, la première des trois soirées était de loin la plus importante et portait sur la cinquantaine de chefs-d’œuvre de l’art européen du XXe siècle qui ornaient la somptueuse demeure du couple Rockefeller. Cette première soirée rapporta 660 millions.

En conclusion, la vente du « siècle » a donc atteint le record incroyable de 828 millions, et a dépassé très largement l’estimation initiale (500 millions) mais ce ne fut pas pour autant, la folie et on n’a pas atteint le mythique milliard de dollars annoncé pour une vente d’une collection privée.

La « Fillette » de Picasso

La vedette de la vente était « Fillette à la corbeille fleurie » , un Picasso de la période rose. On y voit une jeune fille, du peuple, revêche, nue. Picasso l’a peinte en 1905 et vendue pour 30 dollars à ses amis collectionneurs Leo et Gertrude Stein. A la mort de Gertrude Stein, le tableau passa chez l'écrivaine Alice B. Toklas et fut acquis en 1968 par Rockefeller. Pendant 50 ans, il fut accroché dans sa bibliothèque, au-dessus du fauteuil où le milliardaire s’asseyait. C’était paraît-il, son tableau favori et il s’amusait de voir la tête des gens quand ils découvraient ce tableau avec l’expression « féroce » de la fillette.

Estimé à 100 millions de dollars, le tableau est parti à 115 millions, frais inclus. Loin donc du record de Picasso avec 179 millions de dollars pour « Les Femmes d’Alger ». Mais les Picasso de la période rose seraient moins reconnaissables, dit-on chez Christies et le sujet (une fillette nue) ne serait pas très « politicaly correct » aujourd’hui.

Parmi les enchérisseurs, beaucoup sont des collectionneurs chinois ou japonais. Christies avait présenté les plus beaux lots en vente dans une exposition itinérante spéciale en Extrême-orient.

Une autre vedette de la vente a été le Matisse exceptionnel: « Odalisque couchée aux magnolias". Matisse l’a réalisé en 1923 à Nice, peignant, nue, offerte, son modèle favori Henriette Darricarrère, dans une palette extraordinaire de couleurs. Cette Odalisque trônait dans le salon familial des Rockefeller. Estimée à 70 millions, l’oeuvre est partie à 80,8 millions, doublant quasi le record jusque là pour un Matisse.

Bagarre des Nymphéas

La bagarre fut intense pour obtenir le grand Nymphéas en fleur de Monet, estimé à 50 millions de dollars et qui partit finalement à 84,7 millions. Les Rockefeller l’avaient acheté en 1956 lors d’un voyage à Paris, suite aux conseils du couple Barr (directeur du MoMA) qui leur avait signalé que la galerie Katia Granof avait acquis plusieurs Nymphéas. Rockefeller fut d’autant plus intéressé qu’il y voyait déjà le lien fort entre ces Nymphéas et l’expressionnisme américain de l’après-guerre.

Mardi soir, des petits objets étaient eux, vendus en ligne et il y eut de surprises comme cette montre de poche Philippe Patek vendue 35000 euros, sept fois son prix estimé.

Nombreux sans doute étaient ceux qui voulaient avoir un souvenir de cette vente placée sous le slogan « Vivre comme un Rockefeller ». Aux Etats-Unis, la dynastie Rockefeller est équivalente à une dynastie royale en Europe.

Mercredi, un De Kooning de la fin de sa vie (1982) partit à 14 millions et un Diego Rivera, « Les Rivaux », fut vendu 9,8 millions. Un grand portrait de George Washington par Gilbert Stuart atteignit 11,6 millions. Un tableau de Hopper et un autre de Georgia O’Keefe partirent chacun à plus de 8 millions.

Le piquant de cette vente est que la collection fabuleuse du milliardaire mort en 2017 à 101 ans, commença par une insulte lancée à son égard ! La grand philanthrope et directeur de la Chase Manhattan Bank, petit-fils du fondateur de la Standard Oil, avait au départ des goûts extrêmement classiques et collectionnait les …. scarabées. Mais en 1948 après avoir été élu au board du MoMA, le couple Rockefeller recevait l’épouse d’Alfred Barr directeur duMoMA. Et en voyant aux murs des gravures de chasse au renard et d’officiers britanniques, elle dit au Rockefeller: « Comment pouvez-vous vivre entourés de ces petits messieurs en habits rouges ». Piqués au vif, ils devinrent de grands collectionneurs ajoutant: « Le Business doit supporter les artistes comme les Médicis le firent à Florence ».