Arts et Expos

À Rhode-Saint-Genèse, près de Bruxelles, au 28 rue Marie-Jeanne, se trouve un étonnant et imposant paquebot. Une maison blanche énorme, cube géant flanqué d’un escalier en spirale, comme un mât de drapeau. Ce chef-d’œuvre de l’architecte belge Marcel Leborgne, est sans conteste, une des plus belles maisons de l’architecture belge. Jacques Deray y tourna un film avec Alain Delon ("L’ours en peluche") et Schuiten et Peeters l’utilisèrent dans leur BD, "Plagiat". La Villa Dirickz renaît aujourd’hui de manière spectaculaire et un beau livre publié par les Éditions Alice raconte l’histoire de la maison et de sa restauration.

La Villa porte ce nom; elle fut commandée par M. Dirickz qui fut directeur des Forges de Clabecq et cherchait près de Bruxelles, une maison prestigieuse pour y organiser des réceptions. Il commanda la maison en 1929 au jeune architecte Marcel Leborgne (1898-1978), un Carolorégien, admirateur inconditionnel du Corbusier et qui sera un des pionniers de l’architecture contemporaine en Belgique avec Victor Bourgeois, Louis-Herman De Koninck et Huib Hoste. La construction de la maison dura 6 ans. Elle resta la propriété de la famille jusque dans les années 80 quand la fille, Andrée Dirickz, qui avait laissé la maison, son mobilier et sa décoration intacts, quitta les lieux.

La villa s’inscrit dans un cube virtuel de près de 25 m de côté : lignes pures des façades, alignements de fenêtres allongées, terrasses prolongeant les volumes. Et en opposition, cet escalier extérieur semblant flotter dans l’air pour s’élever jusqu’au ciel. L’intérieur est un mélange somptueux de modernisme et d’Art Déco (bandeaux de marbre noir, fer forgé, etc.).

Dans les 25 ans qui ont suivi le départ d’Andrée Dirickz, la maison a été exploitée pour des événements mais le bâtiment s’est peu à peu dégradé. Et c’est fin 2007, qu’un particulier Alexander Cambron, a racheté l’immeuble classé pour le restaurer à l’identique et le moderniser.

Une photo du livre aux éditions Alice montre l’imposante équipe qui a travaillé près de deux ans à restaurer la villa : remplacement du ferraillage du béton, désamiantage, nouvelles dorures à la feuille, restauration du granito des escaliers, etc. Aidé de deux architectes et décorateurs d’intérieur (Vincent Bruyninckx et Fabienne Dupont), Alexander Cambron a modernisé en y ajoutant des salles de bain (originalement il n’y a en avait qu’une, en marbre), un ascenseur, une piscine intérieure, un hammam, etc. Tout en veillant à garder l’esprit de l’architecture de Leborgne. Pour le mobilier, il a choisi des pièces créées dans les années 30 par de grands designers d’alors comme Eileen Gray, Jozef Hoffman et Mies Van der Rohe. La maison sera maintenant mise en vente.

"Marcel Leborgne, Villa Dirickz", photos Louis-Philippe Breydel et texte Ephrem, Alice Editions, 160 pp., 75 euros.