Arts et Expos

Partout, les groupes se préparent: on s'échauffe, frappe les tambours, on chorégraphie, colle les masques, on apprend à se connaître. La grande fête `citoyenne´ de la Zinneke Parade aura lieu le samedi 25 mai dans les rues de Bruxelles. Les cortèges artistiques défileront cette fois, tous sur le même trajet, de la gare du Midi à 13 heures, à la gare du Nord où la parade se terminera à 19 heures. D'ores et déjà, le nombre de participants atteint un record. Il y avait eu 3 800 paradeurs en 2000, ils seront 4 253. Il y aura 29 Zinnodes, 29 thèmes scénographiés par des groupes différents sous forme de chars, de spectacles de rue, de concerts, de carnavals. Tout ce qu'on verra sera neuf, créé pour l'occasion, même si 80 pc des participants étaient déjà là il y a deux ans quand 300 000 personnes ont pu les applaudir.

Ces derniers jours, la fièvre est montée: des étudiants de deuxième année de scénographie à la Cambre préparent des masques exprimant les sentiments humains, au sixième étage, déserté et grunge, du Centre Anspach à côté de La Monnaie, des grands masques inspirés des masques Dogon du Mali. Ils seront ce samedi dans les rues d'Ixelles. Un autre groupe répétait il y a quelques jours dans le grand hall de la gare du Midi; ce samedi à 13 h, des Marolliens sortent devant le centre Recyclart sur le thème des Eoliennes, avec des majorettes qui ont adapté leurs poses avec un chef d'origine marocaine; à Anderlecht, un groupe d'handicapés mentaux musiciens s'est intégré parfaitement à la Zinnode. On pourrait multiplier à l'infini des exemples comme ceux-là.

`Après la parade 2000, raconte une organisatrice, partout des jeunes ont demandé qu'on maintienne les ateliers et que restent les artistes.´ Il a fallu beaucoup d'énergie pour que cette nouvelle Zinneke voit le jour. Mais finalement, la région bruxelloise et les deux Communautés ont accepté de financer cette culture populaire.

UN COMBAT CULTUREL

Michel Crespin, expert des arts de la rue (des équivalents à la Zinneke existent à Belfast, à Marseile avec la `Massilia´, à Lyon) était vendredi à Bruxelles pour encourager les artistes. `La parade est un vrai combat d'idées culturelles, sur le sens que peuvent représenter l'art et la culture dans notre société. Elle ne dit pas ce qu'il faut faire et ne pas faire, mais elle pose des questions.´

Comme celle du manque cruel de locaux affectés à cette forme de culture. La Zinneke a dû improviser et compter sur la disponibilité actuelle du site de Tour & Taxis, mais cela durera-t-il?

`La Zinneke est vraiment citoyenne, tout en étant vraiment culturelle, continue Michel Crespin. Elle puise ses forces dans tout ce qui fait les bords de la ville, là où toutes les différences se font ou ont été repoussées. Avec la parade, elles retrouvent la centréité. La parade est citoyenne car elle vit de cette mixité dont tout le monde parle. Elle montre le vivre ensemble. Elle prouve aussi que chacun peut avoir une part de créativité, aidée par les artistes´. `Beaucoup de jeunes, après la parade de l'an 2000, se sont tournés vers les académies et ont continué à vouloir pratiquer la culture. Cela leur a donné une image valorisante d'eux-mêmes et de nouveaux rapports sociaux se créent dans les groupes, on se parle. Inversement des artistes ont voulu continuer à se frotter à nos problèmes de société.´

Renseignements sur Web www.zinneke.org et au 02.214.20.07

© La Libre Belgique 2002