Laurent Busine `Chez un voisin´

Laurence Bertels Publié le - Mis à jour le

Arts et Expos

Pour tout amateur d'art, la localisation du site du Grand-Hornu et du Mac's (Musée des arts contemporains) qui l'habite est aisée.

Le voisin de Boussu, pour sa part, est parfois moins au parfum. `Le théâtre´, il ne voit pas, mais le Grand-Hornu, c'est tout droit. Jusque devant les grilles du musée, certains habitants du quartier ignorent encore l'événement culturel qui se trame sous leurs yeux : l'inauguration officielle dans une région dite sinistrée, du Musée des arts contemporains de la Communauté française qui, comme Franco Dragone à La Louvière et Yves Vasseur au Centre culturel transfrontalier de Mons, a choisi le Hainaut pour écrin.

Cependant, ces questions insidieusement posées aux passants rencontrés n'ont pas valeur de sondage. Le dernier arrivé, un Italien âgé d'une cinquantaine d'années, habitant de la rue Sainte-Louise, se flattait, lui, d'être invité à l'inauguration. `Bien sûr que j'irai, puisque j'ai mon carton.´ La visite des souverains sur les lieux, un reportage télévisé grandissent aussi ce sentiment diffus de fierté.

Comme nous le disait Laurent Busine, très concerné par l'approche régionale, sociale et pédagogique de l'art, `dès que les gens du quartier sont invités, ils viennent et sont fiers. Mais il ne faut pas sombrer dans l'utopie naïve. Les gens ne vont pas se passionner pour l'art contemporain d'un seul coup de baguette magique. Surtout dans une région difficile comme celle-ci. Une enquête récente a montré que seul un habitant sur quatre avait eu une pratique culturelle sur l'année écoulée, en ce compris le cinéma. Rappelons aussi que seules 100000 personnes, soit 1 pc de la population belge et encore, puisqu'il y avait aussi des étrangers, sont venues visiter l'exposition Rodin.´

Tableau en main

Réaliste mais aussi volontariste, Laurent Busine se demande, depuis qu'il est nommé à la tête du Mac's, comment faire pour que le Grand-Hornu ne soit pas, selon ses propres dires, comme un météore qui tombe du ciel. Son projet compte en effet trois grands piliers tout aussi importants l'un que l'autre: les collections, les expositions et l'éducation.

Dès lors, les `Rencontres chez un voisin´, les animations nomades dans les classes de la maternelle au secondaire, les stages d'initiation aux Arts contemporains et les publications didactiques se sont multipliés.

`Les enfants sont relativement faciles à joindre puisqu'ils ont des tranches d'âge et des tranches horaires. Les adultes, eux, réagissent à l'événement, explique Laurent Busine.

Il est donc difficile de les toucher en dehors de cela. C'est pourquoi j'ai décidé d'aller à leur rencontre même si je n'ai pas pu le faire aussi souvent que je l'aurais voulu.´

Tableau en main, autour de la table de la cuisine ou du salon, le nouveau `patron´ du Grand-Hornu s'est donc mis à bavarder avec ceux d'`en face´ ou d'`à côté´. `On faisait du café, on mangeait un morceau de tarte et on discutait pendant une demi-heure ou trois quarts d'heure. Lorsque cette oeuvre sera exposée, ils pourront venir la voir, dire qu'ils la connaissent, l'ont éventuellement touchée. Ils seront capables de tenir un discours à son sujet´

Les thèmes abordés lors de ces conversations artistiques étaient parfois tabous comme la valeur d'une oeuvre. Et les questions fusaient d'autant plus aisément que les gens étaient en confiance puisqu'ils étaient chez eux.

Formation des guides

D'autres actions ont été menées pour intégrer les habitants au projet. Comme, la formation, importante, d'une vingtaine de guides, anciens chômeurs complets indemnisés, aujourd'hui responsables de l'accueil ou de la sécurité du musée. Durant leur apprentissage, ils auront non seulement été formés au gardiennage et à une surveillance efficace du musée mais aussi à la communication, aux langues et à l'histoire de l'art arrosée de quelques visites à Lille Métropole ou encore au Smak, (Stedelijk Museum voor Actuele Kunst) de Gand.

Enfin, c'est auprès des enfants que le travail d'éducation a été le plus considérable. Plusieurs actions ont en effet été menées dans des écoles.

Des apprentis ferrailleurs ou coffreurs ont visité le chantier du Grand-Hornu sous la houlette du chef du chantier. En sortant, ils disaient savoir désormais construire un musée.

Par ailleurs, la plupart des écoles des environs ont été visitées par le service éducatif du musée conscient du fait qu'il fallait aller au moins deux ou trois fois à la rencontre des enfants avant de les inciter à se déplacer.

Des élèves seront également suivis durant tout leur cursus pour ne point considérer l'enfant comme un simple consommateur culturel mais bien comme un partenaire.

Très actif depuis les premiers pas du Mac's, le service éducatif proposera des visites actives - comme le font presque tous les musées actuellement - divisées en deux parties :l'animation en exposition avec un historien d'art suivie d'un atelier de 30 minutes avec approche transdisciplinaire, activités de types corporel, verbal ou graphique. Entre autres nombreux exemples.

Enfin, pour tous, les premiers mercredis du mois seront gratuits, tout comme la visite guidée. Et Laurent Busine promet de ne pas s'arrêter.`Il est intéressant, conclut-il d'ouvrir les gens à la réalité de l'art d'aujourd'hui, de réduire la fracture entre les deux parce qu'elle est artificielle. Pourquoi telle peinture contemporaine serait plus difficile à regarder qu'un Rubens dont on ne connaît pas l'époque ? Personnellement, je veux converser avec mes semblables. Le propos de l'art permet d'éveiller des sentiments, des émotions qui vont au-delà du quotidien. Et je crois que nous en avons tous besoin.´

© La Libre Belgique 2002

Laurence Bertels

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