Le corps, le sang et leur absence

Guy Duplat Publié le - Mis à jour le

Arts et Expos

Une Louise Bougeois ou une Berlinde De Bruycker, travaillent sur la souffrance et les passions, sur les traces que la vie inscrit dans les corps, sur les violences de l'existence dans leurs êtres. Deux jeunes artistes belges, se situent dans cette démarche mais avec un langage radicalement différent, un travail tout de pureté de lignes, d'équilibres subtils, de gestion absolue de l'expression mais qui ne nuit en rien à la force d'un propos qui là aussi, porte sur la réalité de nos corps, de notre sang et des absences qui les marquent.

La Médiatine à Woluwe-Saint-Lambert a eu la bonne idée de réunir le travail de Laurence Dervaux et de Bénédicte Henderick. L'exposition présente quelques unes de leurs oeuvres et deux monographies de ces artistes sortent à cette occasion dans la collection lancée par le centre culturel de Woluwe-Saint-Lambert.

Laurence Dervaux montre nos corps comme jamais nous ne les verrons. Elle expose ainsi dans d'innombrables flacons les litres de sang pompés par un coeur en 57 minutes. Auparavant elle avait montré l'eau retenue dans nos corps, sous forme de 31 litres de gouttes de résine transparente, comme des gouttes de sueur. Ou encore des fagots de côtes humaines en porcelaine présentées comme des sculptures, «ossuaire pour la mémoire, ossuaire pour le souvenir,» commente notre critique Claude Lorent dans la monographie qui lui est consacrée. Ou encore les superbes moulages de mains jointes retenant l'eau. Lors de l'expo «100 artistes pour les 100 ans de la ligue des droits de l'homme» l'artiste avait présenté au Petit Château des monticules de riz coloré, alignement toublant du riz du pauvre, de l'art et de la géométrie trop parfaite.

Bénédicte Henderick a un travail tout aussi construit, maîtrisé avec une énorme tension cachée sous la froideur de la forme. Son oeuvre est toute en rouge sang pour des objets impossibles comme un fleuret piqué dans un manteau, un haut de pull à deux encolures ou un fauteuil recouvert d'une plaque de verre. «Le cri étouffé de l'être» écrit Claude Lorent.

© La Libre Belgique 2003

Guy Duplat

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