Le coup de Boyle des JO

A.Lo. Publié le - Mis à jour le

Arts visuels

Quatre ans après Zhang Yimou aux Jeux olympiques de Pékin, c’est à nouveau un réalisateur de cinéma qui s’est vu confier la conception et la scénographie de la cérémonie d’ouverture des Olympiades de Londres. L’enjeu est d’autant plus important pour Danny Boyle que c’est précisément dans la capitale britannique que fut instaurée la tradition du défilé des athlètes des nations participantes le premier jour des Jeux, lors des IVes Jeux olympiques, en 1908.

La cérémonie d’ouverture conçue par le réalisateur britannique a coûté 27 millions de livres (34 millions d’euros). Intitulée "Isles of Wonder", en référence à un discours extrait de "The Tempest" de Shakespeare. Boyle a tenu à conserver le plus grand secret autour de celle-ci. Mais suite à la répétition, qui a eu lieu lundi soir, quelques informations ont inévitablement filtré. Boyle aurait recréé au centre de l’Olympic Stadium un morceau de campagne bucolique, typiquement anglaise. Selon le "Daily Mail" - qui n’a pas respecté la consigne de "secret" demandée à ceux qui ont assisté aux répétitions - évoque pour le premier acte un revival de la célèbre émission enfantine "Les Teletubbies" (!), avec douze chevaux, trois vaches, septante moutons, des poules et des canards. Le deuxième acte, cette fois selon "The Telegraph" serait une réinterprétation visuelle de la Révolution industrielle d’après le "Jerusalem" de William Blake. Le troisième acte évoquerait les combats du XXe siècle (les suffragettes, l’Etat-providence) et convoquerait des figures mondialement connues de la culture (populaire) britannique : Mary Poppins, les Beatles, un certain agent secret. Deux autres icônes, sir Kenneth Branagh et sir Paul McCartney, prêteront leur voix - le dernier pour ponctuer une cérémonie qui s’annonce riche en pop songs (la presse anglaise a publié un liste de quelque quatre-vingts titres qui seraient utilisés pendant la cérémonie, dont "Satisfaction" de Rolling Stones, "Pretty Vacant" des Sex Pistols ou "Going Underground" de The Jam).

Too much ? Les Britanniques, qui, mine de rien, aiment bien flageller les leurs, annoncent déjà une catastrophe artistique. Boyle, lui, avance comme toujours avec assurance. Né le 20 octobre 1956 dans une banlieue de Manchester, il n’a pas oublié ses origines prolétaires. Mais l’austérité n’est pas pour lui. Il a toujours eu un goût très sûr pour les goûts du public. Ses débuts le rappellent : il s’est imposé en 1994 avec "Petits meurtres entre amis", une comédie noire au cynisme assumé où un trio d’amis se déchirait autour d’une valise pleine de billets trouvée à côté du corps de leur nouveau colocataire. Deux ans après, il offrait une chronique tragi-comique d’une bande de junkies avec "Trainspotting", adaptation du roman éponyme d’Irvine Welsh. "La plage" (2000), avec Leonardo DiCaprio, Virginie Ledoyen et Guillaume Canet, anticipait les lendemains qui déchantent de la jeunesse du XXIe siècle; l’hypnotisant "28 jours plus tard" (2002) le revival des zombies. Alors, oui, "Millions" (2004) et "Sunshine" (2007) furent des échecs et "Slumdog Millionaire" (2008) un succès (cartons dans les salles, huit oscars, dont celui du meilleur réalisateur et du meilleur film) qui put gêner certains par sa représentation trop styilisée de la pauvreté des bidonvilles de Bombay.

Il espère démarquer sa cérémonie d’ouverture de celle de Pékin 2008, jugée trop réglée et calculée (on se souvient de la mignonne petite chanteuse de l’hymne national doublée parce que l’interprète n’avait pas été jugée assez belle pour apparaître aux yeux du monde). Boyle a, lui, recruté dix mille volontaires pour interpréter son spectacle. Entre bouffées de nostalgie et humour tout britannique, son spectacle aura-t-il l’inspiration énergique qui caractérise ses meilleurs films ? Réponse ce soir.

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