Arts et Expos

Mardi 17 décembre, 10h. A priori, c’est un jour comme les autres. Pas pour Xavier Lust. Dans quelques heures, il prendra le train pour Paris où quelques-unes des créations du designer belge seront vendues chez Piasa. Xavier Lust fume cigarette sur cigarette dans son bureau avec vue imprenable sur le bâtiment Flagey. Fumeur dans la lignée des Gainsbourg, ce n’est pas un signe d’anxiété. Il attend la vente avec confiance. "Je sens que c’est le moment de le faire", explique-t-il. L’"Art design" a la cote depuis le début des années 2000. "Ce que cherchent les acheteurs, c’est l’idée de rareté que peuvent apporter des pièces particulières." Avec le système de bons de commandes, il sait qu’il va bien vendre. C’est Frédéric Chambre qui dirigeait la salle de ventes Pierre Bergé, à Bruxelles, avant de rejoindre la maison Piasa, à Paris, qui lui a tendu la perche. C’est la première vente d’un designer vivant. "J’aime être le premier" , raconte-t-il. C’est un risque calculé.

Mais Xavier Lust a connu des périodes moins fastes. Avec un diplôme d’architecte d’intérieur à Saint-Luc, il a commencé "sans un rond" . Tout de suite, il s’est lancé dans la fabrication d’objets au gré de ses inspirations. "J’ai toujours eu besoin de matérialiser des idées. Au départ, je faisais tout." Il a une prédilection pour le métal. Car il " permet de faire beaucoup de choses avec peu de moyens." Il utilisera de l’acier inoxydable pour faire ses miroirs bombés. Petit à petit, il se fait un nom. Au début des années 2000, sa carrière connaît un tournant grâce à un salon satellite à Milan, qui lui permet de se mettre en rapport avec l’industrie italienne. Et le design est à l’Italie, ce que le chocolat est à la Belgique. Le voilà entré dans le saint des saints. " C’est là que j’ai présenté le banc. Il regroupe quasi tous les paramètres de ma philosophie." Des paramètres, il en a quatre : la fonctionnalité, la beauté, la technologie (qui intègre le coût de production, "un élément crucial" ) et la culture. Il conçoit des bancs légèrement bombés en leur donnant "une forme organique juste" . Cette ligne est ainsi devenue sa signature. "C’est une intuition qui a marché tout de suite."

Avec le succès, il s’est mis à moins fabriquer lui-même. Il a fait appel à une usine à Liège pour la fabrication et à une entreprise italienne pour la finition. Les nuages s’amoncellent quand la société d’objets et meubles MDF est rachetée. "On n’a pas réussi à travailler ensemble" , raconte Xavier Lust. Qui fait le parallèle avec l’effondrement de l’industrie italienne du design. "C’est l’hécatombe depuis quelques années. Milan est devenu un lieu de dépression. Le marché italien est tombé à zéro" , poursuit Xavier Lust. Ce qui l’a poussé à se tourner vers des nouveaux marchés plus porteurs tels que le Moyen-Orient. Ce déplacement géographique a aussi un impact sur le type de création. "Le minimalisme est terminé. C’est la valeur perçue qui a la cote aujourd’hui." Une valeur perçue ou pour le dire autrement une richesse apparente que l’on peut retrouver dans la courbe du banc.

Au fil des ans, Xavier Lust a développé quatre sortes d’activités : le design pour les marques italiennes, la création de séries limitées pour les galeries, l’architecture d’intérieur et le design industriel. Très récemment, il a gagné le concours pour les abribus à Bruxelles. Mais le dossier est bloqué au stade des essais des prototypes. Une frustration sans aucun doute pour Xavier Lust. Qui ne va pas arrêter d’avancer pour autant. Il a comme principe que pour un designer "tout est possible. Je pourrais même dessiner un gratte-ciel" . Et qu’on ne vienne pas lui dire que toutes les formes ont été inventées. "C’est un alibi pour ne pas innover…"