Arts et Expos Au Mac’s du Grand-Hornu, rétrospective de l’œuvre d’Anne-Marie Schneider.

En proposant une exposition des dessins d’Anne-Marie Schneider, Denis Gielen, directeur du Mac’s et commissaire de l’exposition, accomplit un geste distinctif dans le sens où il se démarque de la course aux blockbusters et aux effets de mode. Le succès d’une telle exposition n’est pas garanti, mais on peut espérer qu’elle sera portée par les commentaires et le bouche-à-oreille des visiteurs qui en auront perçu la profondeur, tant humaine qu’artistique. Elle n’est pas en marge. Elle est.

Poésie du moi

On pourrait penser que les dessins d’Anne-Marie Schneider (1962, Paris) sont les fruits d’une artiste autodidacte qui surfe sur une vague mouvante d’un océan bien réel mais qui, contre vents, marées et courants dominants, préférerait confier son destin à la pure réaction instinctive du moment. On sera donc surpris de savoir que l’artiste a été formée à l’Ecole des Beaux-Arts de Paris et que c’est en toute grande maîtrise et connaissance qu’elle nous livre ses œuvres sur papier. La vérité en art n’est pas un critère (on est dans la fiction), mais pour une fois, il semble bien, qu’intériorisées au point où le sont les œuvres, c’est-à-dire dans la plus grande profondeur du moi le plus intime, le plus secret, le plus insondable, elle joue un rôle de premier plan. D’autant plus qu’elle est interrogative, poétique, taraudante, qu’elle rend avant tout la fragilité de l’être, ses insatisfactions, ses troubles, ses désirs inassouvis, ses incertitudes, ses rêves, ses blessures. On parlera sans doute d’art brut, d’art singulier, d’art outsider, voire même d’art thérapie ou psychanalytique. Il n’en est rien car elle est fondamentalement hors catégorie, traçant une voie personnelle et incomparable dans l’art contemporain.

Intériorité affective

Sa spontanéité, sa sincérité ne font aucun doute. Et un certain mal-être psychologique, un questionnement permanent sur elle-même, parfois sur le monde qu’elle tient à distance mais dont elle s’informe, un malaise relationnel autant qu’un besoin affectif évident, une méfiance du contexte social autant qu’une attirance malgré tout vers l’autre, la recherche d’un havre sécurisant (la maison…), font partie de l’ADN de son art autocentré. Pas surprenant que le corps, le soi physique et psychique, dans sa précarité soit le centre de ses préoccupations. Pas étonnant qu’avec une incroyable facilité et une justesse remarquable de la démesure qui en font une grande artiste, qu’elle le malmène, qu’elle le déforme, qu’elle le rende extraordinairement expressif à sa guise, qu’elle grossisse le trait, qu’elle hésite et tressaille, qu’elle fasse jaillir l’émotion la plus vive jusqu’à nous prendre à la gorge et au cœur. La chair et les sentiments conduisent le pinceau, le crayon, le bâtonnet de fusain. Plus qu’elle ne dessine, elle vit intensément ce qu’elle couche sur le papier, en tension permanente, en émoi intérieur, en douleur, en automatisme d’écriture à tel point que cela dépasse tout contrôle et rationalité. En cette puissance qui révèle jusqu’à la part obscure de soi, elle est, artistiquement, une créatrice à l’état pur.

Anne-Marie Schneider, "Ritournelle". Mac’s, rue Ste-Louise, 82, 7301 Hornu. Jusqu’au 14 janvier 2018. De 10h à 18h. Fermé le lundi, le 25/12 et le 01/01. Catalogue, texte de Jean-François Chevrier. Ed. L’Arachnéen/Reina Sofia.


Le Mac’s fête son 15e anniversaire

Depuis son ouverture et d’ici la fin de l’année, l’institution muséale de la Fédération Wallonie Bruxelles qui fête son 15e anniversaire, aura accueilli son millionième visiteur. Un chiffre honorable qui eut cependant été plus généreux si le musée avait été implanté en site urbain ou dans la capitale.

Quoi qu’il en soit, des efforts considérables ont été consentis pour intéresser le public et assurer un rayonnement le plus large possible en partant de la proximité. Parmi les nouveaux projets, retenons l’abonnement annuel de 30 € qui donne accès en permanence à tout le site, aux visites guidées gratuites et à des réductions au bookshop. C’est un prix extrêmement doux !

Initiative de saison, le Mac’s, pour la première fois, collabore avec Europalia dans le cadre d’Indonesia et accueille donc une expo consacrée à un plasticien réputé mais inconnu chez nous, Jompet Kuswidananto. Le musée annonce aussi une renaissance, celle de la revue "DITS" qui prendra une nouvelle orientation, plus globale, avec une nouvelle équipe rédactionnelle.

Premier numéro en novembre. Enfin, suite à une expérience réussie avec la photographe La Toya Ruby Frazier, le principe de la résidence d’artiste prend forme dès cet automne avec pour invitée Fiona Tan. Elle réalisera un film sur le Mundaneum et préparera son exposition qui s’ouvrira en avril. Pas de révolution, plutôt une évolution.