Arts et Expos

A Namur, patrimoine et interventions in situ dans l’architecture militaire de 14/18.

Privée de ses locaux pour cause de travaux, la Maison de la Culture de la Province de Namur organise des expositions hors les murs et prépare la publication d’un nouvel ouvrage sur les arts et les artistes du namurois. Cet été, conjuguant, d’une part l’attrait pour un patrimoine très particulier : un fort militaire de défense datant de la guerre 1914-1918, de l’autre une exposition d’art actuel, le lieu de rendez-vous est fixé chaque dimanche au Fort d’Emines, à Saint Servais, en périphérie namuroise. L’ouvrage d’architecture militaire dans un état de quasi abandon, recouvert par un bois feuillu très envahissant, humide, mais solide en ses épais murs de béton, a conservé les blessures non cicatrisées des attaques subies. Il est en son jus, l’un des rares témoignages d’une guerre d’un autre temps qui fut néanmoins occupé par l’ennemi lors du second conflit mondial. L’occasion est unique de pouvoir le visiter et de suivre, guides et documents à l’appui, son histoire qui participa à celle de notre pays.

Un triplé artistique

© Juan Paparella, « Sans titre », 2018, installation photographique dans le Fort d’Emines, une présence fantomatique du vivant. ©Photo : Vincent Everats

Dans des conditions d’occupation peu favorables, trois artistes ont été invités à investir ce lieu avec des œuvres choisies spécifiquement ou réalisées spécialement en rapport avec l’infrastructure, sa fonction et son destin. Cette recherche d’harmonie est particulièrement présente dans les interventions de Renato Nicolodi qui prennent place dans la longue allée donnant accès au cœur de fort. Il y a placé deux constructions dont l’architecture massive, avec très peu d’ouvertures, correspond au principe même de la réalisation du lieu. Ce sont des petites tours angulaires qui imposent leur solidité et pourraient servir de lieu d’observation très protégé, voire de lieu de tir. Ces sculptures architecturales reflètent néanmoins et parfaitement le travail habituel de l’artiste qui porte sur des édifices imaginaires, puissant et compacts. Afin d’accentuer la relation il a noté en lettre d’or « omnium memora », une manière de rappeler que le lieu fait partie de la mémoire collective.

Dès l’entrée, on est accueilli par une intervention de l’artiste français Georges Rousse qui , selon son habitude, mais en sculpture tridimensionnelle cette fois, propose, à partir d’un point de vue précis, une anamorphose donnant l’impression que le relief construit est une surface plane. Aux septiques, l’épreuve de la photo qui est le but de la réalisation, apporte une preuve irréfutable de l’illusion d’optique dont on trouve un autre exemple dans l’un des salles de l’édifice, où le plasticien, s’inspirant du récit de 1914 du brigadier Michaux a créé aussi sur le mur l’ombre d’un soldat. La mémoire, encore.

Juan Paparella a travaillé la photographie in situ et peuplé ses images d’éclats lumineux desquels peuvent surgir des figures humaines, comme des fantômes. Par ces images il évoque l’humain, la mémoire de nouveau, l’éphémère et la fragilité de la vie, la mort épinglée. Des œuvres émouvantes qui font ressentir une présence.


« Emines -18 », Fort d’Emines, rue du Fort d’Emines, 5003 Saint-Servais (Namur). Jusqu’au 11 novembre. Les dimanches de 13h30 à 17h. En semaine, en groupe, sur réservation. 1418@ftpn.be