Arts et Expos A Bruxelles, le réseau de métro est une véritable galerie d'art souterraine. Des fresques, des photographies et des sculptures embellissent chaque jour les trajets des navetteurs. Petite visite dans les coulisses artistiques du métro bruxellois.

Metro. Boulot. Dodo. Septembre marque le retour au quotidien. Les métros, plus fréquents, vont se voir envahis par une foule de petites vies actives qui se croisent, sans finalement se connaître. Chaque navetteur va reprendre ses habitudes. Et chacun va observer du coin de l’œil, amusé ou agacé, son voisin qui a repris les mêmes habitudes que lui. Les voyages vont se suivre et, en apparence, se ressembler. Quoique… en ouvrant davantage les yeux, on pourra se surprendre en remarquant que l’art est omniprésent dans le métro. Car on l’ignore trop souvent, mais Bruxelles a ceci d’exceptionnel qu’il est possible d’admirer dans ses stations de métro des œuvres d’art. Seules les villes de Stockholm, de Montréal et de Bruxelles ont la chance de posséder un réseau de métro aussi artistiquement précieux.

La capitale belge compte 69 stations et 80 œuvres d’art. Lors de la construction du métro dans les années 60, ces sculptures, photographies et peintures avaient pour vocation de donner un visage humain au réseau souterrain. C’est chose faite, et aujourd’hui, ces œuvres constituent l’âme du métro. En s’immisçant dans les coulisses artistiques de la Stib, on y découvre toute la belgitude dont témoignent les transports en commun bruxellois. Les artistes, majoritairement belges, expriment chacun à leur façon la Belgique. L’art véhicule la culture belge (Tintin et la bande dessinée à Stockel). Il reflète la multiculturalité de Bruxelles (portraits photographiques à Demey) et enseigne l’histoire de notre plat pays (Stuyvenbergh et ses statues de la famille royale). Mais avant toute chose, l’art invite chaque usager à vivre autrement ses trajets de métro. À bon entendeur, salut !

STUYVENBERGH

© JC Guillaume

Qui ne s’est jamais interrogé sur l’identité des 25 statues qui trônent le long des rames de métro à Stuyvenbergh ? La réponse commence par l’explication du lieu. Le château du Stuyvenbergh est le dernier lieu de résidence de la reine Élisabeth. Cette dernière est donc représentée à plusieurs reprises, entourée de toutes les personnes qu’elle a aimées. On y voit certains membres de la famille royale, mais aussi Albert Einstein, le poète Emile Verhaeren, le médecin Jules Bordet ou encore le violoniste Eugène Ysaÿe.

HEYSEL

© JC Guillaume

Cette station est sans nul doute celle où il y a le plus d’informations à analyser. Avec “Le Heysel, reflet du monde au XXe siècle (et XXIe)”, Jean-François Octave aborde tous les sujets qui touchent ou ont touché de près ou de loin le Heysel et les expositions universelles de 1935 et 1958. La suite d’images, sur cette fresque de 98 mètres, retrace la vie du site en évoquant des paroles-clés, des dates-clés, des images-clés (l’échelle de Batibouw, le panier de fruits pour le salon de l’alimentation, l’ampoule Philips inventée en 1958) et des personnages célèbres qui sont passés par là (la ballerine Margot Fonteyn, le sportif Carl Lewis, Charlie Chaplin, Walt Disney, Jean Cocteau…).

CLEMENCEAU

© JC Guillaume

Quand on passe ou quand on s’arrête à Clemenceau, on est à mille lieues de penser qu’on est dans les sous-sols de Bruxelles. Le paysage peint de façon simpliste nous fait voyager dans un lieu où il ferait bon vivre, mais dont la géographie n’est pas précisée. “Promenade” de Joseph Willaert suscite la nostalgie chez les plus âgés et la curiosité chez les plus jeunes. En 1993, avec cette peinture à l’huile, l’artiste a voulu stigmatiser le fossé qui s’installait entre deux générations qui ne partageaient plus les mêmes valeurs, à cause de l’importance croissante de la société de consommation urbanisée.

THIEFFRY

© JC Guillaume

Avant de descendre sur le quai de cette station, une sculpture de bronze et d’acier accueille les navetteurs. Elle représente, d’après son auteur Félix Roulin, l’oppression de la société. Quand on y jette un œil plus attentif, on voit des corps contorsionnés à l’intérieur des colonnes. Cette œuvre a été installée expressément en plein milieu du passage pour être en contact direct avec les passagers. En bas, c’est un tout autre spectacle qui est proposé avec un jeu de miroirs qui réfléchissent la lumière. Avec la fresque de Folon à Montgomery, Thieffry est la seule station à évoquer aussi clairement le soleil.

HANKAR

© JC Guillaume

Impossible de passer à côté de l’œuvre d’art de cette station. Et pour cause, Roger Somville, l’artiste belge à la base de cette gigantesque fresque, a déclaré : “Je préfère déranger que plaire.” L’œuvre, appelée “Notre temps”, illustre l’époque à laquelle elle a été peinte (1976). Elle a été réalisée directement sur le mur avec six de ses élèves durant les semaines qui précédèrent l’ouverture du métro. On y saisit la lutte des hommes et du monde du travail pour une société de justice économique et sociale.

JOSÉPHINE-CHARLOTTE

© JC Guillaume

Si l’on devait qualifier cette station, l’adjectif “poétique” serait bien à propos. L’artiste Serge Vandercam, passionné du lien entre l’art et le langage plastique, ainsi qu’entre le langage visuel et la poésie, s’est inspiré des poèmes de Joseph Noiret pour son œuvre. “La fleur unique ou Les oiseaux émerveillés”, en bois peint, représente des oiseaux savourant leur liberté et une fleur géante qui éclot. Une œuvre qui figure sans nul doute le surréalisme belge.

MONTGOMERY

© JC Guillaume

Si l’on n’emprunte pas l’escalator central, on ne la voit pas ! Et pourtant, à Montgomery, c’est une gigantesque fresque du peintre belge Jean-Michel Folon qui est réalisée sur les 150 mètres carrés de murs en béton. Pour l’anecdote, l’artiste est venu sur place sans réelle inspiration, lorsque, soudain, un rayon de soleil a pénétré un trou du plafond. Comme la lumière est rare dans le métro, Folon a voulu la représenter, en peignant un soleil rayonnant sur une ville magique et colorée (“Magic City”). Il met ainsi un peu de couleur dans la pénombre du réseau souterrain.

MERODE

© JC Guillaume

Cela vous est sûrement arrivé, en attendant le métro à Merode, d’essayer de comprendre la logique des petits carreaux de céramique colorés qui couvrent les murs de la station sur cent mètres. Inutile ! La complexité visuelle des carrelages de cinq couleurs différentes ne suit aucune régularité, mais tente d’exprimer la vitesse d’arrivée et de départ du métro. Un étage plus haut (voir ci-dessus), c’est une peinture plus figurative qui est exposée. “Ensor : Vive la Sociale” de Roger Raveel fait référence aux artistes Jan van Eyck (Adam et Eve dans “L’Agneau mystique”) et James Ensor (“La Joyeuse Entrée du Christ à Bruxelles”) et se présente comme une œuvre à portée sociale.

MAELBEEK

© JC Guillaume

Sur les grands panneaux blancs de la station, la signature de l’artiste est ostensible : Benoît. Le reste frappe aussi pas sa simplicité. L’œuvre, réalisée en 2002, représente une série de portraits anonymes. Son concepteur, Benoît van Innis, a ainsi voulu souligner le caractère anonyme des usagers du métro qui attendent que leur moyen de transport arrive et les transporte jusqu’à la prochaine station.


Visite (auto-)guidée

On ne peut plus le nier, le patrimoine artistique des stations de métro bruxelloises est précieux. Il ne reste désormais plus qu’à visiter cette gigantesque galerie d’art souterraine pour en percer les moindres secrets. Des visites des stations sont organisées. C’est le cas, par exemple, de CAP-ERIA (www.cap-eria.eu) qui planifie de temps à autre des visites sur cette thématique. L’autre possibilité reste évidemment de se balader de station en station, tout en consultant le document mis à disposition gratuitement par la Stib sur Internet, “L’art à Bruxelles passe aussi par le métro”.