Arts et Expos

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Les lecteurs de "La Libre" le connaissent depuis dix ans. Les dessins de Clou ont éclairé semaine après semaine l'actualité et les mutations de la société. Dessins sans concession mais sans méchanceté, drôles sans moquerie, des éditoriaux en quelques traits.

Clou fait partie des cartoonistes célébrés par une expo à voir encore au Botanique.

Christian Louis, 55 ans, s'est choisi le surnom de "Clou". "J'étais à Saint-Luc, je cherchais un surnom et j'ai pris à titre provisoire, les premières lettres de mon nom qui faisaient "Clou". Comme toujours le provisoire est devenu définitif." De quoi taper sur le "Clou" ? "Oui, un surnom un peu masochiste, c'est vrai."

Hommage à Picha

Il vient d'une famille catholique, mixte (Flandre, Liège, Bruxelles). Son oncle est Théodore Louis qui fut longtemps critique de cinéma à "La Libre" et qui offrit au jeune Christian, des livres de Sempé. "Il a fait mon éducation artistique."

Malgré un peu de scepticisme chez ses parents, il choisit de faire des études de BD à Saint-Luc, chez Eddy Paepe (Luc Orient et Marc Dacier) et Claude Renard (le 9e rêve avec François Schuiten). "Je m'intéressais à l'art contemporain, au pop art, mais je ne me voyais pas de rôle dans ce domaine. Par contre, dessiner des Mickey m'intéressait. J'ai toujours admiré la BD réaliste, la virtuosité éblouissante d'un Schuiten. Même si j'aime aussi la simplicité incroyable du dessin de Copi, Bosc ou Picha ou l'humour de Gotlib et Reiser."

La BD et le cartoon, sont-ils un art ? "C'est un art appliqué. On utilise le dessin mais je ne suis pas convaincu quand la BD tente d'imiter la peinture. A côté de 90 pc de BD qui ne sont que de l'entertainment, il y a cependant de grands dessinateurs. C'est clair. Quant au cartoon, c'est l'oeuvre de Saul Steinberg, le New-Yorkais qui m'a amené au cartoon, comme le talent d'un Picha ou d'un Tomi Ungerer."

Mais la BD était très complexe et Clou bifurque pour faire une licence de sociologie à l'UCL. Puis, il travaille jusqu'à 40 ans à la fédération des scouts où il est graphiste de la revue et rédacteur en chef du magazine pour les animateurs.

Il se brouille et choisit de s'installer à son compte comme illustrateur pour enfants ou pour la publicité.

Il entre comme dessinateur dans "La Libre Entreprise" et c'est en 1996 que Jean-Paul Duchâteau lui demande des cartoons quotidiens pour les pages "forums". "On voulait des dessins sages, pas trop remuants. Les choses ont évolué depuis lors avec Jean-Paul Duchâteau et puis Michel Konen. Après le drame de Julie et Mélissa, je suis venu régulièrement aux réunions de rédaction et je suis entré dans les pages "chaudes" du journal, sur l'actualité. Mais c'était alors encore un peu frileux. On riait beaucoup de certains dessins que je faisais en réunion de rédaction mais on me demandait des dessins plus sages pour publication."

Deux dessins refusés

Se plaint-il d'un politiquement correct ? "La Libre a évolué. Mais il a fallu du temps pour que le lecteur plus traditionnel ne réagisse plus, comme si on touchait à "son" journal. Ma liberté est quasi totale. On ne m'a refusé que deux dessins depuis que Michel Konen est là. Mais je sais que je dessine à "La Libre". Je ferais autrement si j'étais à "Charlie hebdo". Et si j'étais au "Soir", j'égratignerais sans doute les francs-maçons comme j'égratigne parfois les chrétiens dans La Libre".

Pour Clou, "le vrai rôle du cartooniste est d'être sur le sujet dont tout le monde parle et d'imaginer un dessin qui soit une vraie opinion, une vraie transgression, qui force le trait ("il faut être de mauvaise foi", disait Wolinsky) et qui soit, enfin, une vraie idée graphique".

Le cartooniste doit-il être méchant ? "Il a cette obsession de la transgression, de repousser les barrières (c'est un vrai mythe). La question de la censure est toujours la première qu'on me pose. Mais si on veut faire réfléchir, il faut bien un peu choquer. Kamagurka a fait ce dessin d'un village palestinien où tous les murs sont criblés de balles avec ce panneau "pour nos enfants, tirez prudemment"."

Peut-on ainsi rire de tout ? "Oui, pourvu que ce soit drôle. Mais il y a des sujets qui pour moi, ne prêtent pas à rire, comme le 11 septembre."

Clou a réussi de superbes dessins sur les inondations à La Nouvelle Orléans ou sur la Belge devenue kamikaze en Irak (voir ci-dessus).

"J'ai un jour dessiné sur la maladie d'Alzheimer. On avait inauguré un café pour ces malades et j'imaginais un garçon de café qui disait : "Pour la dernière fois : qui a commandé ce café ?", mais tous les clients avaient oublié. Ce dessin a été refusé."

Le meilleur sujet pour lui "est un enjeu intellectuel, une bonne question de société, c'est le côté éditorial du dessin".

Le mordant de Zak

Il admire les cartoonistes flamands comme Zak (De Morgen) "qui n'utilise pas la caricature d'hommes connus !", Zaza, Marek, Kamagurka. "Ils sont dans la transgression de manière incroyable. Je me souviens d'un "Diana park" de Zak où les montagnes russes faisaient percuter les voiturettes sur un m ur."

Dans les artistes qu'il préfère, il cite d'abord Alechinsky, un peintre mais qui est aussi une sorte de cartooniste à sa manière et puis, de façon surprenante Jean-Michel Basquiat, graffeur, underground new-yorkais, mort d'une overdose d'héroïne à 28 ans et coqueluche de l'art contemporain.

"Politic'Art", jusqu'au 30 déc. Au Botanique, de 11 h à 18 h. De l'affiche politique au dessin de presse.