Arts et Expos

Parallèlement à la vaste exposition "Gap" consacrée à l’abstraction en Flandre et à Bruxelles (LLC 17.02.16), le Muhka anversois multiplie les expositions en faveur de la création actuelle. Au sixième étage, l’institution dirigée par Bart De Baere invite dans le programme "Lodgers" des initiatives "imaginatives" à occuper l’espace ; au rez-de-chaussée, un espace spécifique, "In Situ", est réservé à des expos monographiques d’artistes internationaux et de pratique expérimentale "en début ou à mi-parcours de leur carrière". En ce moment : Alexandre Estrela (1971, Lisbonne), auteur d’une vaste et excellente installation de projections de vidéos. Conjointement, le second étage est dévolu à "deux artistes locaux sur le point de faire une percée internationale", à savoir Vaast Colson (1977, Anvers) et Kati Heck (1979, Dusseldorf ; vit à Anvers). L’intention est évidente, l’institution soutient et promeut la jeune génération qu’elle estime mûre pour affronter la sphère artistique internationale en lui décernant un label muséal. Coup d’œil.

L’atelier au musée

Vaast Colson est depuis quelques années l’un des artistes parmi les plus en vue, les plus montrés et les plus considérés de la jeune génération en Flandre. On a pu le voir mener des actions en galerie, au Wiels ou pendant une édition de la foire Art Brussels. Pour le moins, son œuvre est polymorphe et correspond à une dispersion rhizomique et critique assez spécifique des artistes de sa génération.

Pour cette exposition qui se présente comme une vaste installation dans trois espaces contigus du musée, il a décidé d’y implanter une resucée de son atelier, soit d’un espace de création dans lequel s’accumulent les travaux en projet, en gestation, en cours, voire finis, mais non encore diffusés. Et l’ensemble, bien qu’ordonné, se présente comme une suite de propositions à décoder. Des sources d’inspiration probables depuis la bibliothèque à l’espace dévolu au dessin et autres œuvres en 2D, d’une longue suite de panneaux punaisés selon un principe de progression à des dispositifs de liaison ou de communication et des constructions ou des vitrines de documents. Le musée devient un lieu de fermentation plus qu’un lieu de sacralisation et de conservation. Works in progress…

La voie du grotesque

Même si son travail se focalise essentiellement sur la peinture, Kati Heck a également conçu son expo comme une suite d’installations dont certaines, les plus spectaculaires, tiennent un peu de la foire récréative ou du spectacle par un côté franchement populaire. On peut même y goûter un alcool fort et peut-être est-ce bien nécessaire pour aborder certains aspects de l’expo ? L’artiste anversoise ne ménage pas les effets, elle y va en force, dans la caricature, l’exagération, le gros grotesque, de manière à ne pas rater la cible. Et pour y arriver elle séduit aussi car elle montre qu’elle est une peintre des plus habiles pour rendre à la perfection les (self- et autres) portraits. Elle sait même créer des ambiances détendues, agréables, qu’elle gruge aussitôt d’interventions saugrenues, étranges, discordantes et dérangeantes. Esthétiquement, elle casse les codes. Tout est dans la désarticulation dans une forme de loufoquerie désespérée. Chez elle le beau fixe ne dure jamais. Eprouvant !

---> Vaast Colson : "Still Some Cream on the Screen", Kati Heck : "Holy Hauruck". Jusqu’au 29 mai. Alexandra Estrela : "Roda Lume", jusqu’au 8 mai. Muhka, Leuvenstraat, 32, 2000 Anvers. Du mardi au dimanche de 11h à 18h, le jeudi jusqu’à 21h.