Arts et Expos Vendredi, le secrétaire d'Etat bruxellois Emir Kir et le chef de cabinet de Fadila Laanan, la ministre de la Culture de la Communauté française, ont confirmé l'information que nous donnions dans nos précédentes éditions. Les deux gouvernements agissant de concert - « une première », selon Emir Kir - ont entamé une importante procédure de classement pour le fabuleux mobilier du palais Stoclet. Une longue liste en 277 rubriques détaille toutes les pièces du mobilier: lampes de table, miroirs, peintures, livres, archives, instruments de musique, argenterie (les couteaux à fromage par exemple) qui sont concernés. Emir Kir précise que les collections d'art présentes dans le palais sont aussi concernées.

Le palais Stoclet, avenue de Tervueren à Bruxelles, oeuvre maîtresse de l'architecture mondiale du début du XXe siècle, est dû au grand architecte Josef Hoffmann. L'architecte viennois, qui était avec Adolf Loos et Otto Wagner, le maître de la «Sécession viennoise», a réalisé avec ce palais «une oeuvre d'art complète», avec la «Wiener Werkstatte», «l'atelier viennois». Les deux gouvernements veulent conserver le palais et son contenu en l'état et même l'inscrire, avec son jardin, au patrimoine mondial de l'Unesco.

Pourquoi cette procédure exceptionnelle? Depuis le décès de la baronne Stoclet, de nombreux bruits ont couru. «Il n'y avait pas une semaine sans que des rumeurs nous parviennent sur un démantèlement possible de cet ensemble conçu comme un tout par Hoffmann», précise Emir Kir, «c'était pour nous un dossier prioritaire de maintenir l'oeuvre dans sa totalité». Certains craignaient que le fabuleux mobilier créé par Hoffmann ne soit vendu séparément, n'étant pas classé (seul le bâtiment l'était). Le gouvernement bruxellois compétent pour classer le bâtiment et le mobilier quand il est considéré comme «immeuble par destination», c'est-à-dire lié par essence au bâtiment, et celui de la Communauté, compétent pour les meubles et collections, ont donc notifié, jeudi, le début d'une procédure de classement. Comme nous l'écrivions hier, c'est une première juridique et une mesure qui représente une moins-value pour les propriétaires, qui, le cas échéant, ne pourront plus vendre «par appartements». On parle d'une moins-value de 30 millions d'euros! C'est pourtant le prix à payer pour maintenir cette merveille dans son intégrité et, peut-être, lui trouver un avenir avec l'aide de grandes fondations culturelles internationales, en partenariat avec la famille ou une partie de celle-ci.

«Aujourd'hui, les choses ont changé, estime Emir Kir, il n'y a dorénavant plus d'insécurité sur l'avenir du palais. Il reste bien sûr la propriété de la famille Stoclet, pas de nationalisation. Et nous sommes prêts à aider pour que ce palais soit un jour davantage ouvert au public et trouve une destination.»

© La Libre Belgique 2005