Le Patrimoine a bonnes mines

Guy Duplat Publié le - Mis à jour le

Arts visuels

Cette semaine avait lieu à Saint-Pétersbourg, la 36e session du comité du Patrimoine mondial de l’Unesco. Elle a inscrit sur la liste du Patrimoine mondial quatre sites historiques wallons liés à l’exploitation du charbon : Grand-Hornu, Bois-du-Luc et Bois du Cazier en Province de Hainaut. Et Blegny-Mine en Province de Liège. Ils rejoignent ainsi les 725 autres sites qui composent à travers le monde la prestigieuse liste du patrimoine mondial dont, en Belgique, les sites déjà classés de la cathédrale Notre-Dame de Tournai, le complexe maison-atelier-musée Plantin-Moretus à Anvers, les habitations majeures de Horta à Bruxelles, la Grand-Place de Bruxelles, le centre historique de Bruges, les quatre ascenseurs du canal du Centre et leur site, les minières néolithiques du silex de Spiennes, les béguinages flamands et, plus récemment, en 2009, le Palais Stoclet.

Ces quatre sites représentent les lieux les mieux conservés de l’exploitation charbonnière en Belgique, du début du XIXe siècle à la seconde moitié du XXe siècle, et le bassin houiller wallon est l’un des plus anciens et les plus emblématiques de la révolution industrielle sur le continent européen, avait indiqué la Région wallonne, à la base de cette candidature. Les charbonnages wallons furent aussi un lieu multiculturel, à cause de l’immigration de la main-d’œuvre italienne, marocaine, espagnole, polonaise, grecque ou turque. Du point de vue technologique, les mines, exploitées dès le Moyen Age, ont intégré des techniques venues de toute l’Europe, notamment de Grande-Bretagne à la Révolution industrielle. Mais le charbonnage wallon est devenu un modèle international, imité notamment en Russie et en Chine, déclare Robert Halleux, directeur du Centre d’histoire des sciences et des techniques de l’université de Liège, qui souligne que les Ecoles des Mines ont formé des ingénieurs du monde entier. Et au niveau architectural, deux sites, Grand-Hornu et Bois-du-Luc, cristallisent d’importants courants internationaux d’architecture et d’urbanisme.

Cette candidature était préparée depuis 2009 mais un premier dépôt en 2010 fut refusé par l’Unesco. Si l’Icomos, le consultant international qui instruit les candidatures, avait reconnu dès 2009, la valeur mondiale de ces sites, elle avait noté un certain nombre de points qu’il fallait encore améliorer pour leur préservation. Depuis 2010, la région wallonne s’était employée à répondre à toutes les objections. Notons que cela n’apporte aucun subside direct; l’Unesco étant là comme autorité seulement morale, garantie de la valeur du site et de sa préservation. Mais la labellisation d’un site apporte une belle notoriété, des visiteurs supplémentaires et l’obligation pour les pouvoirs publics comme pour les gestionnaires des sites et les habitants des "périmètres protégés" autour des lieux, de préserver le site et son environnement sous peine de le voir ensuite déclassé. Dès l’annonce de cette reconnaissance, tous les responsables politiques se sont réjouis. Nous avons demandé à Laurent Busine, directeur du Mac’s (Musée des arts contemporains) au Grand-Hornu sa réaction. Il était en compagnie de Claude Durieux qui, comme député permanent au Hainaut s’est aussi battu pour le site. "On est très émus et fiers, mieux qu’une victoire à l’Euro. C’est le couronnement de trente ans de travail. Nous avons dû nous battre pour trouver les crédits, pour que le site existe. L’inscription au Patrimoine mondial fut un vrai parcours du combattant. Rendez-vous compte de ce que cela signifie : le long travail des Wallons dans les mines et l es charbonnages est qualifié d’exemplaire et entre dans le patrimoine de l’humanité ! Je suis très attaché aux symboles et cette inscription fait rêver. Cette reconnaissance touche aussi les corons situés dans le périmètre qui doit être protégé autour du site : 450 maisons. Depuis deux ans, on travaille avec les voisins et on les aide à réhabiliter leurs habitations et à repeindre leurs façades s’ils le souhaitent." Laurent Busine rend hommage à l’architecte Henri Guchez qui le premier a pensé à sauver le site et à commencer à le rénover avant que la province ne s’y implique et y installe le Grand-Hornu images et puis, le Mac’s. "Nous avons eu de la chance, il est vrai, de bénéficier des européennes d’Objectif 1". Qu’espère Busine de cette reconnaissance ? "C’est d’abord, je le répète, un couronnement. Mais nous allons placer une plaque avec cette appellation qui se retrouvera aussi dans les guides touristiques. Cela attirera de nouveaux visiteurs. Et nous allons travailler avec les autres sites miniers comme avec la région Nord-Pas-de-Calais en France, qui vient d’obtenir le même classement pour un paysage minier avec ses terrils et ses châssis à mollettes pour faire une route du charbon." Suite à l’annonce de ce classement, d’ autres réactions dont celle de Jean-Louis Delaet, directeur du Bois du Cazier, très ému lui aussi, "certes, Charleroi n’est pas Bruges mais selon l’Unesco, le Bois du Cazier et les trois autres sites miniers plébiscités méritent de figurer sur la même liste, sur un pied d’égalité".

N’oublions cependant pas les conditions de travail horribles des mineurs au XIXe siècle. En 1860, il y avait 234 puits dans le Borinage et il n’était pas rare que des femmes et des enfants travaillaient au fond, six jours sur sept parfois et dix à quinze heures par jours sans, bien entendu, congés payés ni sécurité sociale. A 1 000 mètres de profondeur la température pouvait monter à 50 degrés avec une atmosphère de poussière, des risques de coups de grisou, d’éboulements et d’inondations...

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