Arts et Expos

Le splendide tableau du « Portement de croix » (« Kruisdraging ») du musée des Beaux-Arts de Gand serait quand même du pinceau de Bosch. C’est ce qu’a conclu mercredi après-midi un groupe d’experts réunis à Gand. Le musée a dès lors pris la décision de maintenir sur le cartel du tableau qu’il est bien de Bosch et non d’un des ses suiveurs.

Ces experts contredisent ainsi directement les conclusions qui avaient fait sensation le 31 octobre dernier, des experts du « Bosch Research and Conservation Project (BRCP) » qui ont travaillé en prélude de la grande exposition Bosch (1450-1516) qui vient de s’ouvrir à ’s Hertogenbosch, pour le 500e anniversaire de sa mort.

Le musée de Gand y avait pleinement contribué mais regrettait que l’information ait filtrée prématurément alors que les travaux de recherche n’étaient pas terminés. Et il fulminait que ces experts de l’expo aient agi sans débat ouvert. Le musée du Prado à Madrid, partage cette colère. Deux de leurs chefs-d’œuvre attribués jusqu’ici à Bosch avaient été aussi déclassés par les mêmes experts de la BRCP : « La lithotomie ou la cure de folie » où Bosch peint un charlatan extrayant soi-disant la pierre de folie du crâne d’un patient et un Saint Antoine. Le Prado conteste aussi ce déclassement.

Les arguments

Les chercheurs du BRCP avaient estimé après examen que la « Portement de croix », peinture sur un panneau de bois, magnifique et audacieuse, chef d’œuvre absolu, où les têtes sont serrées les unes contre les autres autour de celle apaisée de Jésus les yeux fermés portant sa Croix, serait l’œuvre non de Bosch mais « d’un peintre phénoménal au nom toujours inconnu qui l’aurait peinte en 1520, peu après le décès de Bosch. » Dix-neuf personnages dans un espace qui n’en est pas un, dans un entassement de têtes et de bustes.

Cette peinture très innovante était depuis longtemps l’objet de discussions en paternité et cette annonce ne fut donc pas vraiment une surprise.

Mais l’affirmation toute récente des experts du BRCP est donc contestée à son tour par un groupe d’experts (Jos Koldeweij de l’université de Nijmegen, Griet Steyaert, restauratrice et historienne de l’art , Maxmiliaan Martens de l’université de Gand et Paul Vandenbroeck de la KUL). Maximiliaan Martens nous explique : « Dans leur étude, les Hollandais n’ont pas apporté à notre sens d’argument valable contre l’attribution à Bosch du Portement de croix. On évoquait les grandes figures soi-disant atypiques pour l’époque de Bosch mais c’est oublier qu’Hugo Van der Goes faisait déjà cela. On évoquait aussi la présence d’un dessin sous-jacent laissant entendre que ce serait dès lors une copie, mais Raphaël aussi utilisait des dessins sous-jacents pour ses œuvres. Nous avons comparé ce tableau au Couronnement d’épines de la National Gallery à Londres qui est sûrement de Bosch et nous avons vérifié que autant sur le plan stylistique que typologique le Portement lui est semblable. »

Catherine de Zegher, directrice du musée de Gand, a dès lors décidé de garder l’attribution à Bosch et elle plaide pour un vrai débat ouvert.